Gilles de Gouberville

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Les auberges de Normandie au temps de Gilles de Gouberville

Gilles de Gouberville et les auberges de Normandie au temps de la Renaissance

Au fil des pages de son fameux « Journal des Mises et Receptes », Gilles de Gouberville (1521-1578), seigneur de Gouberville et du Mesnil-au-Val, nous informe de manière vivante sur l’activité des nombreuses auberges, logis et « hostelleryes » qui jalonnaient les chemins du Cotentin et équipaient les villes et les bourgs à marché de Normandie. à Valognes, où Gouberville exerce son office de lieutenant des eaux et forêts, il déjeune régulièrement chez Denys Lorion, devenu au fil des ans l’un de ses plus proches amis. à Montebourg il prend ses quartiers chez Lanquetille, à Carentan le plus souvent chez Sandrin, à La Cambe chez Lagaye. Il fait halte au passage du Grand Vey chez les Brohier ou les Larcher suivant qu’il s’en vient ou s’en va du Cotentin. à Cherbourg, il a ses habitudes chez Robine de la Mer et à Saint-Sauveur-le-Vicomte, on le voit se loger chez une femme hotesse nommée Regnaulde, dans la partie close de la ville, au pied du château.Isaac Jaspar la vie rustique

Sa fréquentation des auberges nous vaut une jolie litanie de noms évocateurs, à l’image de leurs enseignes colorées, peintes ou suspendues aux façades : outre le classique Pot-d’Etain, (à Carentan, Caen et Argentan), on entre chez le Grand-Turc (à Falaise) et loge à l’impayable Lion-d’Or (« le lit où on dort »/ ou « l’on y dort », à Mortagne). Gouberville mentionne la Corne et la Cornemuse (à Caen), la Licorne (à Saint-Lô) et la Corne de Cerf (à Louviers). Il cite encore le Dauphin, le Croyssant, le Lion Verd, et les Troys-Roys de Coutances, l’Ymage Notre-Dame et la Verte-Maison à Carentan, l’hotellerie du Pan à Saint-Lô, la Romaine à Isigny, la Main Forte et la Barge à Bayeux…Auberge de la Victoire, chez Regnaude à Saint-Sauveur, cpa c. 1920

Amateur de bonne chère, Gouberville se régale en ces lieux de pâtés de venaison, de « saulsiches et de mouton », de « becquacines toute lardées », de homard et de surmulet. Une pratique amusante, oubliée de nos jours, consistait à fournir soi-même les mets que l’on souhaitait se faire servir à dîner : on voit ainsi notre sire se rendre à l’auberge muni tantôt d’une aile d’oie, tantôt d’un lièvre, de boudins ou d’un cochon entier ! Il croise à sa table des étrangers de passage (gentilhomme écossais, marchand gascon, émissaire portugais…), y reçoit des nouvelles de la Cour ou de personnalités en vue (ainsi pour Adrienne d’Estouteville, dame de Bricquebec, dont il apprend le décès chez Larcher en décembre 1560). Les auberges de ce temps sont des lieux animés, où l’on s’échauffe facilement en paroles indélicates, et où se produisent de fréquentes rixes et bastonnades. Parfois la foule y est si grande que l’on doit se presser à plusieurs dans une seule chambre, voir partager son lit avec un autre résident ! Il n’est pas rare non plus de trouver des puces dans son couchage, ou d’y contracter de douloureuses intoxications alimentaires.007 DEMAY Jean-François

Si nos véhicules modernes se suffisent d’un stationnement extérieur, les auberges de jadis se devaient aussi de fournir le gîte, la paille et la « reppeue » aux montures des cavaliers. En plus des sommes payées pour lui-même, et pour un ou deux hommes de sa suite, les frais de déplacement de Gilles de Gouberville s’élevaient rapidement à des sommes rondelettes. Sans compter que notre sire, en bon gentilhomme, n’omettait généralement pas de laisser un généreux pourboire au petit personnel.

(texte de J. Deshayes, avec relecture et apports de Benoit Canu)

Auberge Orglandes, carte postale ancienne, vers 1910

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