Gilles de Gouberville

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Colombier et fief

Le colombier du Mesnil-au-Val

La seigneurie du Mesnil est un «  fief a manoir, chapelle et volière a pigeons . ». (Aveu au roi du 23 mai 1519).

Qu’est ce qu’un fief ?

Le fief est une terre concédée par un seigneur à un vassal.
Le vassal n’est pas propriétaire du fief ; il peut le perdre s’il n’accomplit pas ses obligations envers le seigneur (loyauté, service militaire, conseil, aide, etc.). S’il les accomplit, il a la totale jouissance du fief.

A la mort du vassal, le fief revient théoriquement au seigneur mais très vite sa transmission devient héréditaire. Dans tous les cas le seigneur donne le fief au nouveau vassal dès que celui-ci lui a rendu hommage et aveu (liste des terres pour lesquelles il verse un droit de mutation).
Le fief est originellement indivisible et le restera en Normandie, alors que cette disposition ne va se maintenir dans d’autres provinces que pour les fiefs dits « de dignité » (duchés, comtés, baronnies). Par exception, les fiefs de haubert normands pourront être divisés lorsque la succession ne se compose que de filles, avec un maximum de huit.
Signalons que la seigneurie du Mesnil va être, à la mort de Gilles, divisée entre sa sour Renée du Moncel et sa nièce Jacqueline du Parc : «  item la moitié de la chapelle et colombier estant devant la porte du manoir  ».

Le droit de colombier

Il apparaît lorsque les seigneurs, manquant de revenus, vont chercher à rentabiliser au mieux ce qu’ils possèdent. Les pigeons en font partie : ils produisent des oufs, de la viande, un engrais très utile et constituent un cadeau apprécié.
A partir de la fin du xiii e siècle, le droit de colombier est réservé aux titulaires de fiefs de haubert et seigneurs hauts-justiciers qui disposent des pleins pouvoirs judiciaires sur leurs domaines.
Il est interdit à toute autre personne d’en posséder et de tuer les pigeons même s’ils pillent les récoltes. Il existe deux sortes de colombiers :
•  les colombiers à pied, bâtis en forme de tour. Ils sont une marque de noblesse pour le seigneur haut-justicier
•  les volières et autres colombiers situés au dessus d’un cellier ou d’une étable.

Le colombier de Barville

Gilles possédait un colombier – aujourd’hui disparu – à Gouberville mais c’est surtout celui du Mesnil dont il est question dans le Journal . Il est situé dans la tour* «  devant la porte du manoir  ».

* Construite à la fin du xv e siècle ou au début du xvi e siècle, la tour est, au rez-de-chaussée, à usage de chapelle (piscine pour les ablutions du prêtre et vestiges d’un bénitier) et à l’étage, de colombier auquel on accède par un escalier à vis ménagé dans un contrefort. Le colombier est entièrement tapissé de niches à pigeons, en partie dégradées. (A. Bonnet)

Le colombier compte environ neuf cents niches (ou boulins) soit mille huit cents pigeons. En principe, chaque niche correspond à un arpent* de terre, superficie estimée nécessaire pour fournir la nourriture d’un couple de pigeons.

* superficie de valeur fluctuante suivant les régions (de 3500 à 5000 m²). En Normandie il était au xii e siècle de 42 ares et 20 centiares soit 4220 m²

La coutume de Paris, influente ici, réserve d’ailleurs le droit d’avoir un colombier aux seigneurs possédant au moins cinquante arpents de terre, et certains commentateurs ajoutent qu’il doit s’agir de terres labourables.

Gilles envoie des pigeons en cadeau à des personnes avec lesquelles il est en affaires ou qu’il veut honorer :
          «  Apprès disné, sur les deux heures, Jehan Caulvain, drapier de Cherebourg, vinst céans ; je luy donné quattre pigeons. Il avoyt affère à moy touchant mes prays de Tourlaville  » (26 août 1554)
          «  Cantepye fut de matin à Vallongnes et revinst ung peu apprès mydi. Il estoyt allé parler au greffier du bailly et à Rattault pour la monstre du ban qui est à Sct-Lo sabmedi. Je leur envoyé une douzaine de pigeons.  » (29 avril 1557)
Il lui arrive même d’en acheter pour les offrir, preuve qu’il s’agit d’un cadeau « type » :
           «  Au matin, j’avoye faict présenter par Cantepye deux perdrix, deux ramiers et deux vitecoz [genre de bécasse] à Messieurs les enfans de Monsieur le comte de Tende, lorsqu’ilz disnoyst au chasteau. L’un des vitecoz et les ramiers coustèrent IX s.  » (19 décembre 1553)
Gilles semble également apprécier la compagnie des pigeons : l’un d’eux se trouve dans sa chambre :
           «  La relevée, l’un de mes ramiers sortit par la fenestre de ma chambre et fut tué d’un chien.  » (2 juin 1555)
La quantité de fientes recueillie doit être considérable puisqu’il faut quatre serviteurs pour curer le colombier :
          « Je fys curer le colombier par Doysnard, Jehan Groult, Lajoye et Collas,n qui y furent tout le jour. » (15 mars 1556)

Gilles fait fumer ses champs avec ce précieux engrais :
« 
Je fys charier une chartée de fumier de pigeons à la Haulte-Vente ; mais pour ce qu’il plouvoyt, il fallut cesser. Jehan Groult la charia et Douart fut à Gouberville quérir des poys pour sumer . » (5 avril 1554).

Le droit de colombier, dont l’abolition va être réclamée dans presque tous les cahiers de doléances en 1789, sera supprimé la nuit du 4 août.

Jacqueline VASTEL
(avec l’aide de Sophie POIREY)

 


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