Gilles de Gouberville

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Le jardin à mouches

Dans son Journal , Gilles mentionne six jardins rattachés à son domaine du Mesnil-au-Val.

De tous ses jardins cultivés et (ou) plantés d’arbres fruitiers, notamment de pommiers et de poiriers ou d’osiers, seul « le jardin à mouches » est pourvu de ruches, « mouches » désignant les « mouches à miel » c’est-à-dire les abeilles.

Une étude et le plan de la « Reconstitution parcellaire au XVI e siècle » du domaine de Gilles de Gouberville, réalisés par Marcel Roupsard, situent l’emplacement des jardins « qui occupent sur près d’un hectare l’espace entre le manoir et le chemin, en bordure de la forêt (..) » (1)

Fait curieux, sur les vingt-six occurrences du «  jardin à mouches  » , la majeure partie concerne le jardin en tant que parcelle cultivée ; deux seulement mentionnent les «  mouches  » .

Le jardin

On y trouve des plantations de « pépins », terme désignant à la fois les semences de pommes et de poires et les pousses qui sont replantées dans les pépinières.

Je fys arracher par Cantepye et François Dauge quatre mil six centz pepins au jardin à mouches pour planter au dit closet. (6 mars 1550)

Le « closet » du Vivier est la pépinière que Gilles vient de créer près de l’église de la paroisse ; à plusieurs reprises, jusqu’en mars 1552, il va y faire arracher des «  pépins  ».

Au tout début du Journal , c’est un jardinier originaire de Bayeux qui vient au manoir pour s’occuper du potager et des ruches. Bien que Gilles ait omis de mentionner le nom du jardin, ce qu’il rapporte laisse présumer qu’il s’agit bien du « jardin à mouches » :

Je fys faire à Douart une tombe [fosse] au jardin et chasser les mouches . (5 juillet 1549).

Gilles lui donne « XII sols pour ce qu’il avoyt este céans à jardiner » (16 mai 1550) : semer des laitues et des épinards et planter des plantes mellifères : aspic (grande lavande) et lavande.

Les mentions sur « le jardin à mouches » en tant que jardin ne réapparaîtront qu’en 1556.

Gilles fait « accoutrer et dresser le jardin aulx mouches » (14 août) : on remue les choux, plante les oignons, fume par-dessus les herbiers où étaient semés des panais. En février 1561, Gilles fera à nouveau semer des «  pépins  ».

Les mouches

C’est en 1552 et 1553 que les mentions sur les « mouches » sont les plus nombreuses, tant sur les travaux qui sont réalisés pour l’aménagement du jardin que sur les mouches à miel. Gagner de la place pour l’installation de nouvelles ruches expliquerait la raison pour laquelle une telle quantité de «  pépins  » a été supprimée.

Gilles se procure, à deux reprises, les matériaux dans les carrières du Mesnil-au-Val :

Je m’en allé à la Bryayre , Nicollas et Hamel avecques moy, je leur fys dresser et eschapplir [équarrir] des pierres de la dite carrière pour assoyer des mouches à myel, nous y fusmes viron VI heures (15 juillet 1552).

Je charrier VI chartées de pierre à la carrière du presbitayre pour besogner au jardin à mouches ( 25 novembre 1552).

Cet important chargement est-il destiné à bâtir ou restaurer un mur clôture ? Nous l’ignorons.

Gilles ne fournit aucune description de ses ruches. On peut supposer qu’elles étaient en paille, posées sur des pierres mises à même le sol ou intégrées dans un mur.

En 1552, de mai à juillet, Il se procure onze essaims, nombre très important (six seulement en 1553, pratiquement pas d’achats les années suivantes). Faut-il en déduire qu’il a installé autant de ruches ? Les essaims sont récupérés dans la nature :

(.) nous fusmes recueuillyr un essain de mouches au boys (..) il estoyt deux heures de nuyct quand nous en revinsmes (16 mai 1552)

Ils peuvent également être échangés :

Loys Fréret me donna un essain à choisir sur XXIII vesseaulx qu’il ha (…) je [lui] donne ung boisseau de froment. (31 mai 1552)

Pour se fournir, Gilles s’adresse le plus souvent à des prêtres (« missires »). Les essaims sont achetés au prix d’un boisseau de froment, soit12 sols en 1551, ou offerts :

Apprès soupper je m’en allé chez missire Richard Gallye, au Teil (.) J’achatté ung essain de mouches dud. Gallye (.) Quand vinst à payer, il ne voulut prendre d’argent . (30 mai 1553)

Le transfert des essaims se fait toujours la nuit tombée. Ils sont alors enfermés :

Je fys terrer les mouches que j’avoys hier soyer [soir] chez les Troude (15 juin 1553)

Pour récolter le miel et récupérer la cire, Gilles fait « chasser ». Les notations sur cette opération sont toujours très brèves :

Au soyer Henry Gardin me chassa deux ruches, présent Gilles Auvray. (12 juin 1552)

Il fait « extraindre » (pressurer) le miel qui sera conservé dans des pots fournis par un potier de Brix, fondre la «  cyre  » qu’il fait «  mettre en pelotte pour ce qu’elle se gastoyt » (25 juillet 1561).

Le miel, seul édulcorant en dehors du sucre que Gilles achète uniquement pour les malades, n’est pas mentionné pour la consommation au manoir. Le plus souvent il est offert aux femmes en couches, aux malades. Ainsi le 8 mars 1560 « deux quartes de miel » (2) sont portées à mademoiselle de Tourlaville qui a la fièvre quarte. Le miel est également vendu, son coût est estimé à « un escu sol de deux potz » en octobre 1560.

Les mentions relevées dans le Journal ne permettent pas de connaitre l’espace occupé par le jardin, la variété des plantes cultivées, les quantités de miel et de cire récoltés ; Gilles rapporte ce qui l’intéresse, les informations qu’il donne sont parfois peu précises ; ainsi, en septembre 1556, durant quatre jours, deux serviteurs habilités à l’entretien du jardin « besognèrent au jardin à mouches », rien n’est dit sur ce qui est fait.

La cire a-t-elle été utilisée pour faire de la chandelle au manoir ? Nous l’ignorons. Elle est vendue dans les foires de Montebourg « pour cent sols » en août 1557, celle de Valognes « pour cent IIIs.VI d. » en décembre 1560, sans que l’on sache le poids.

Gilles a élevé des «  mouches  », y a apporté beaucoup de soin, a fait commerce de miel mais comme souvent il est resté un peu trop vague à notre gré !

Pour conclure, citons cette petite anecdote rapportée dans le Journal :

Marin Blanguesdon prinst ce jour une taulpe au jardin à mouches, la plus grande que je vy jamais (9 juillet 1562) 

(1) Réf.et plan tiré de « Le domaine de Gilles de Gouberville et son évolution paysagère », par Marcel Roupsard. Dans Histoire et Sociétés rurales , n°17 – Ed . Association d’Histoire des Sociétés Rurales , Caen, 2002. Plan également publié dans Les Cahiers goubervilliens , n°7.

(2) Quarte : ancienne mesure de capacité contenant deux pintes. La pinte valait 0, 93 l . (Dict. Larousse)

A noter : Toutes les dates mentionnées sont mentionnées en nouveau style, avec changement de millésime au 1 er janvier.

Anne Bonnet

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