Gilles de Gouberville

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Les chiens

Gilles de Gouberville et les chiens

La chasse est une activité importante dans la vie des gentilshommes campagnards du Nord Cotentin au xvi e siècle, d’autant que la région est encore extrêmement boisée. C’est, dans un sens, une façon de jouer, voire de s’entraîner à la guerre mais c’est aussi un apport alimentaire apprécié, surtout au moment des fêtes et des noces.


Le chien est le compagnon indispensable : chien courant, lévrier, dogue, mâtin, . Ils sont élevés en nombre dans chaque manoir. Ils sont l’objet de soins attentifs, partie précieuse du patrimoine.

Gilles de Gouberville, bien que curieusement lui-même, peu ou pas chasseur, en parle presque avec affection. Ils sont souvent prêtés d’un hobereau à l’autre, certains étant considérés comme des champions :

– « Le sieur de Couriac, cappitaine de Cherbourg, me priet que je luy envoyasses mes chiens » (23 août 1553)

– « … arriva Françoys Damours, au nom de Monsr Poton, qui me pryoyest que demain soleil levant j’envoyasse une laisse [une meute] de lévriers et ma chienne Mitaine à St Mor [commune de Tourlaville], pour ce qu’il vouloyt voyer courir une levrette que Mademoiselle de St Paul* luy avoyt envoyée » (1 er mai 1551)

*Marie de Bourbon, future duchesse d’Estouteville et comtesse de Saint Paul qui, alors, habitait aux « galleries » de Bricquebec.

Le chien est tellement précieux que Gilles, lorsqu’on lui dérobe un chien, n’hésite pas à faire afficher un monitoire* contre le ou les voleurs.

* monitoire : lettre qui s’obtient d’un juge d’Eglise et qu’on publie au prône des paroisses pour obliger les fidèles de venir déposer ce qu’ils savent des faits qui y sont contenus, sous peine d’excommunication (Furetière)

Notons au passage de nombreux apports de chiens qui viennent d’Angleterre :

« Robert Bordes, père de mon Angloys, arriva et avoyt deux grand chiens courans rouges qu’il avoyt amenés d’Angleterre » (4 septembre 1553)

De même, des envois de chiens extra-muros :

« Je donné deux de mes chiens aud. sr Pierres Dosses, qui estoyt party à ce matin de céans, lesquelz il envoyé par la mer à Bordeaux au cappitaine Lane, son cousin » (20 septembre 1553)

Cependant, la grande obsession est déjà la rage. Le syndrome est bien connu et tout le monde est conscient de l’issue fatale. Les chiens sont souvent blessés :

– « [Ils] trouvèrent deux loupz qui blécèrent Coliche et deux aultres chiens » (18 novembre 1554)

– « Le dit cerf sortit ès parcs Fouchart et creva un oil à ma levrette escarlatte » (29 janvier 1559 : « 1560 »)

– « [Ils] ramenèrent Sondart à qui les boyaulx trainoyent de la blessure d’un senglier que des chiens couroyent » (5 janvier 1555 : « 1554 »)

Le traitement préconisé pour les chiens – tout au moins dans le Journal de Gouberville – est essentiellement à base de bains de mer, évidemment facile à mettre en ouvre dans le Nord Cotentin, entouré par la mer sur trois côtes. Rappelons à ce propos que, contrairement à l’homme, le chien enragé ne fuit pas l’eau.

Chez l’homme, on ne peut parler que de traitement préventif. Une bonne démonstration est fournie par Gilles de Gouberville lui-même, mordu à la jambe par la chienne de Jean Paris le 6 novembre 1556. La plaie est excisée le samedi 8 par le chirurgien barbier de Montebourg. Le dimanche 15, la jambe est toujours très douloureuse ; on applique des onguents. Le mardi 17, Gilles décide d’aller à l’église de Bretteville (en Saire). Il y va avec le curé de Tourlaville. Ce dernier dit une messe – en présence de Gilles – devant la statue de saint Hubert, saint guérisseur de la rage par excellence. A noter en outre que les Bricqueville, sieurs de Bretteville, se disaient de la parenté de saint Hubert ( ! ) et prétendaient, à ce titre, posséder le don de guérir la rage.

Gilles de Gouberville échappera à la rage mais sa jambe restera douloureuse pendant longtemps.

Claude BONNET


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