Gilles de Gouberville

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Le Journal

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Mais commençons par une

Présentation du Journal

En 1867, l’abbé Tollemer, Principal au collège de Valognes, découvre au château de Saint-Martin de Varreville (Manche), la partie du manuscrit écrite entre 1553 et 1562. Il en propose un commentaire synthétique (voir bibliographie). Le texte du manuscrit est édité par Eugène Robillard de Beaurepaire dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie (1892, vol. XXXI). En 1886, Louis Drouet, greffier à Saint-Pierre-Eglise (Manche) trouve dans le chartrier du château, une autre partie du Journal écrite de 1549 à 1552. Le Comte de Blangy en assure l’édition dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie (1894, vol. XXXII). Les manuscrits sont actuellement conservés dans deux collections privées.

NB : si l’on suppose que Gilles de Gouberville a tenu son livre de  » Mises et receptes » pendant les trente six années où il assura la gestion de ses propriétés (1542-1578), il manque environ les deux tiers de l’ensemble du témoignage (périodes 1542-1548 et 1563-1578 soit vingt et un ans).

Le nom de Gilles de Gouberville comme celui de tant d’autres de ses semblables, aurait dû tomber dans l’oubli mais il laisse derrière lui un trésor inestimable ; c’est son Journal.
Tel qu’il est parvenu jusqu’à nous, il est composé de trois gros cahiers : l’un de 1549 ; le suivant de 1553 ; le dernier de 1557.

Sur chacun des cahiers, l’auteur a, de sa grosse écriture, calligraphié et recopié le même titre  » Mises et receptes faictes par moi, Gilles de Gouberville « . Les  » mises « , selon le vocabulaire du XVIe siècle, ce sont les dépenses de la maison ; les recettes, le sens n’a pas changé, ce sont les sommes reçues. Ainsi défini par son auteur lui-même, il s’agit d’un livre de comptes, d’un livre de raison. Le mot  » Journal  » sous lequel est connu le document a été inventé postérieurement. Il a été donné au XIXe siècle par Eugène Robillard de Beaurepaire.


Si l’information
 » compte «  est l’armature du Journal, l’information  » domestique et privée « , selon l’expression même de Montaigne, y tient la place prééminente par sa richesse, sa variété et son ampleur, et en cela il mérite bien le nom de Journal.

Il y a un rapport si étroit du vécu à l’écrit que par la lecture de ce document on a l’impression d’entrer physiquement dans le paysage du XVIe siècle rural, de le vivre, de le respirer, comme si le temps qui nous sépare de lui était aboli.
L’auteur a pris la plume et a écrit son existence telle qu’elle est vécue au jour le jour et telle qu’il la voit : le temps qu’il fait, les travaux et les jours, les allées et venues, les rencontres, les moments des âges de la vie, etc. Entre le temps du vécu et le temps de l’écrit il y a une telle étroitesse qu’elle permet une transcription immédiate des faits, une transcription du gestuel  » à l’état naissant  » : coïncidence de l’événement et de l’écriture.

Gilles de Gouberville ne s’est jamais départi de son Journal, ainsi celui-ci a été au moins pendant les treize ans qui nous sont conservés, son indispensable compagnon de chaque jour. Cette persévérance exemplaire se manifeste rarement en ce genre d’écrit. La tentation de tenir un livre de raison, un journal, d’écrire un texte pour soi est fréquente. Dans l’ardeur des commencements, les premières pages sont écrites régulièrement puis, peu à peu, l’assiduité se relâche, les dates s’espacent, l’irrégularité s’introduit et, un jour, c’est l’abandon définitif.


Bien portant, malade, à la campagne, à la ville, sédentaire, en voyage, Gilles de Gouberville n’a jamais manqué le rendez-vous de son
Journal. A la campagne, il est le livre de la vie d’un gentilhomme aux champs ; à la ville, il est l’agenda de ses rencontres, etc ; en voyage, il devient un carnet d’étapes ; lorsqu’il est malade, il est le bulletin de ses maux.

Richesse inépuisable d’un texte encore inexploré en beaucoup de ses aspects et dont il faut interroger les silences.


Madeleine FOISIL
(Extrait de l’introduction de son ouvrage Le Sire de Gouberville)


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