Gilles de Gouberville

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Le Glossaire de l’abbé Tollemer

L’abbé Tollemer, découvreur du journal, a pris soin de rédiger un «Glossaire » des termes utilisés par Gilles de Gouberville quand ceux ci pouvaient dérouter ses contemporains. Souvent il a montré comment des termes éloignés du français « standard » avaient des proches parents dans la langue des manchois.
Nous avons pensé que ce Glossaire pourrait vous être utile.

Abbé TOLLEMER
EXTRAITS DU GLOSSAIRE DE G. DE G.
1873

(reclassé par ordre alphabétique)

On a pu remarquer le soin que j’ai mis à fureter dans tous les coins et recoins du manoir de G. de G., pour découvrir les vieilleries qu’il recelait, dans ses étables, dans son office et sa garde-robe.

De tout ce que j’ai pu y découvrir, que nous reste-t-il aujourd’hui? Le nom de l’objet, et souvent un nom qui reste inexpliqué. Peut-on s’étonner de cette destruction presque absolue de ce qui composa l’existence d’une génération, quoique relativement si peu éloignée de la nôtre?

Il n’est point de ciment que le temps ne dissoude.

Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir,

Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir,
Qui m’a duré dix ans, soit percé par le coude ?

Scarron avait raison, ce qui me fait justement craindre que ces plantureuses existences ne restent à tout jamais ensevelies dans leurs manteaux de cuir et de peaux de cerf.

Ceux pourtant qui ont vécu une vie si éphémère, ont laissé après eux un souvenir, contre lequel le temps a été jusqu’ici impuissant, le langage qu’ils parlaient. L’habitant de nos campagnes, essentiellement conservateur, le peuple même de nos villes, plus respectueux du passé qu’on ne le pense, ont recueilli et répètent chaque jour la plupart des mots du vocabulaire de G. de G. ; même leur prononciation a un cachet si particulier, qu’on ne peut se l’expliquer que par une sorte de transmission héréditaire; et ce cachet, ils l’impriment le plus souvent à des mots qui semblent avoir été inconnus à leurs devanciers.

Cette persistance de notre vieux langage, malgré la diffusion des rapports et des livres écrits au goût du jour, m’a paru digne d’être signalée. C’est pour cela que j’ai noté dans le Journal de G. de G. un certain nombre de mots, dont plusieurs sont, il est vrai, tombés en désuétude, mais dont les autres sont encore journellement employés. Je relève ceux qui m’ont paru les plus saillants, et j’ajoute, après chacun d’eux, une ou deux phrases où ils se trouvent, 1e plus souvent expliqués. J’aurais facilement pu augmenter cette nomenclature; mais je crains d’avoir déjà trop enflé mon volume, et je ne veux pas qu’on m’applique cette sévère sentence de notre fabuliste :

.. .Rien de trop est un point
Dont on parle souvent et qu’on n’applique point.

A

ABBROTTER.— Ilz furent au boys, abbrotter les bestes. ung cheval abbotté.— On dit encore abot, d’un morceau de bois attaché au pied de la bête, qui par là, ne peut avancer que lentement.

ABREVER.— Il estoyt heure d’abrever les chevaulx. — Son cheval estoyt malade d’une chaude abreveure.

ABSOLUT. — Le jeudi absolut, je ne bouge de céans. — C’est le nom qu’il donne au jeudi saint, parce que sans doute le célébrant donne l’absolution avant la messe.

ABILLER. — Il vinst pour abiller des vaisseaulx ; ce qu’il explique un peu plus loin : Il besongna à relier les vesseaulx (des tonneaux).— I1 emploie ordinairement ce mot pour mettre certains animaux en état d’aller à la cuisine.

ACHATTER. — Toujours pour acheter. On dit communément : j’acatte. acater. Il est probable qu’on prononçait le ch dur.

ACHOYS. — Il avoyt desjà heu ung des achoys de la mort. — Il parle d’un de ses serviteurs qui labouroyt à l’extrémité. Les Anglais ont ache et ake, qui signifient douleur, mal. Ils ramassent ce que nous laissons tomber.

AÈS, ÈS. — Ilz besongnèrent à fère des aès,— ailleurs des es. — Sauf l’orthographe, c’est notre mot ais, pour planche.

AER. — Il avoyt la fièvre ; il vouloyt changer d’aer. — Elle me demanda ung bouc, pour le mauvais aer.— Latin tout pur.

AFFINER, AFFINEMENT. — Ilz me promisrent ung boisseau de fènes, pour satisfaction et affinement de quelque conte. — Il emploie souvent ce mot et le verbe qui en dérive, affiner un compte, du lin affiné.J’ai cité ce mot comme synonyme de terminer, arrêter : affiner ung compte. G. de G. l’emploie aussi dans le sens de rendre fin : Il affina du salpêtre. Notre La Fontaine le prend autrement, tromper par finesse.

Maître Mitis

Pour la seconde fois les trompe et les affine.

AHAN. — Je me trouve fort mal d’un ahan au tétin dextre. — C’est de ce mot que vient le mot si commun anhanner.

ALLENÇONS. — Catheline, monnier, vinst pour chausser le moulin de céans, de fuseaulx et d‘allençons. — Les allençons sont des chevilles d’une certaine forme qui tiennent à une roue et mettent en mouvement les fuseaux de la lanterne. Tous ces mots subsistent encore dans nos anciens moulins et restent comme preuve de la lenteur ou répugnance à accepter les réformes dues aux progrès de l’industrie. Ces progrès donnent-ils de meilleure farine ? That is question.

ALLIERS. — Les couvreurs commencèrent à fère les alliers, pour couvrir la maison.— C’est encore le nom que nos couvreurs et nos maçons donnent à leurs esplanades.

AMONTER. — Nous le trouvasmes sur le chemin, comme on amonte à la Vente. — Nous allasmes tout amont la rue.

AMOUROQUES. — Ils ostoyent des amouroques du varet du Clos-Neuf.— On dit plus vulgairement amouros, sorte de camomille assez puante. Aussi G. de G. note-t-il que la fumée de ceux qu’il faisait brûler, estoit fort puante.

ANNOULLIÈRES (vaches). — Ilz vendisrent deux vaches annoullières à la Fleurye. — C’est le nom qu’on donne encore aux vaches qui n’ont point porté d’année.

ANTE. — Vinst Margueritte Berger, ante de Damours. — Les Anglais ont conservé ce mot, aunt, tante.

ANTREFZ. — Pour ce que les antrefz et ponchons me semblent trop courtz, je les fys laisser. — C’est pour intraits et poinçons.

APPASTELER. — Nous trouvasmes ung jeune rossignol, que son père appasteloyt.

APPOINCT.— Pour convenance? — Ilz me promisrent dire une messe, checun à leur appoinct.

ARER. — Je fys commencer à arer au tremoys. — (Le lundi), je fys semer de l’orge. La terre estoyt arèe de sabmedi. — De ce mot arer, vient areure, terme encore très usité, fère l’areure. Il exprime la dernière préparation de la terre, celle qui précède immédiatement l’ensemencement. G. de G. note un retard de deux jours, contraire à l’usage. — On verra à un autre mot, qu’on avait alors trois noms différents, pour trois opérations de labourage, que ne distingue plus notre langue appauvrie.

AREU, AEREU. — De tout ce que dessus, je ne paye que 2 solds 6 deniers, et areu le reste, parce que je n’avoys pas de monnoye. — Il veut sans doute dire qu’il donne des arrhes.

ARQUEREURE.— Je allé voyer ung hestre courbé, pour fère l’arquereure du moulin. — Je présume un cintre, une arcade.

ASSOYER. — Je fys fère ung petit trillys de fer, pour assoyer ung alamby.— Ceulx qui assoyeront la taille, la recueulliront.— Ces exemples expliquent la formation régulière de plusieurs temps du verbe asseoir.

ATTACHER. — Il vinst quérir les pourceaulx qu’il avoyt attachés à ma peusson. — Ce mot se dit encore des ouvriers engagés pour certain ouvrage et des bestiaux admis à paître dans un certain lieu et pour un temps déterminé. Il dit lui-même : Le sieur de Couvert avoyt attaché ung jeune garson à apprendre le mestier de cousturier.

ATOUT. — Ilz revindrent atout une chartée de foyrre. — Ilz revindrent atout leurs chèvres. — Très usité pour avec.

AUBEGELÉE.— Il avoyt faict une aubegelée hier.— Aube pour blanche n’a été conservé que dans le mot aubépine.

AUMEL.— Singulier de aulmeaulx (prononcez aumiaux). Je noterai, une fois pour toutes, que tous nos noms en eau, couteau, chapeau, manteau, etc., etc., avaient alors au singulier, la terminaison en el, coutel, chapel, mantel, hamel, encore très usitée, coutet, cap et, etc. La terminaison eau se prononce encore iau, coutiau, iau pour eau.

AUST (le mois d’). — Prononcez comme l’article au. On ne dit pas autrement.

AUDIENCER. — Symonnet fist audiencer le contrat de Sainct- Sanson.

B

BAILLET. — Le cydre tiré et entonné, je laisse charge à Myaulx de fère le marc du baillet, auquel marc on repassoyt du baillet de deux ans.

BANC. — Ce mot, dans la phrase suivante, est assez remarquable : Je fys assoyer une serreure au banc de ma chambre. — Pourquoi une serreure à un banc, qui ne serait qu’un siège? C’était donc une sorte de coffre, sur lequel on pouvait s’assoyer, ce qui nous donne une idée d’une partie de l’ameublement d’une chambre de nos vieux sires.

BANLUE. — Pour banlieue. — Il fut aulx plès de la banlue de Bayeulx.

BANQUE. — Donné à Hamel, sur l’essart de la banque de la Prinze-ès-Fouquetz, 2 solds. — C’est la terre relevée sur le bord d’un fossé. L’anglais a le mot bank, pour hauteur, éminence. — Nous 1’employons journellement pour ces monceaux de terre mélangés de fumiers et de chaux, étendus triangulairement, en plus ou moins de longueur, afin de déterminer une plus prompte fermentation.

BANYE. — On alla à la banye des fermes et dixmes du chappitre.

BARFLEU. — Jamais autrement. On dit encore Barflieu.

BATTERYE. — Je fys oster les esclatz de la pierre à couvrir, taillée en la batterye de la grange. — Commun pour aire, lieu où l’on bat les blés.

BAUGER. — Il avoyt veu bauger deux bestes de compagnée.

BAYART. — Il menoyt à la fère ung poulain bayart.

BELLE. — Pierre prinse à Tourlaville, pour couvrir au belle Pinart. — Ou dit aussi bel, bouel. Nous avons encore plusieurs impasses de ce nom : Belle-Pinaut, Bouel-au-Cornet.

BENESQUES. — Ung sapin, venu à gravage, tout couvert de benesques.

BESTYAL. — Singulier de bestiaux. — Ilz menoyent grand nombre de bestyal.

BEUT. — Il beut ung coup. — On dit de même.

BITILLON. — On nous donna tout plain ung bitillon d’œufs. — Nous disons butillon d’un panier d’osier, en forme d’amphore, exclusivement destiné à cet usage, et encore à secouer la salade.

BLESTE. — Ilz tailloyent de la bleste, pour couvrir la loge des Russeaulx (Ce dernier mot est le pluriel de Russel). — On donne encore le nom de bleste ou digues à des morceaux de terre coupés dans les landes, où dominent les racines de la bruyère, de l’ajonc et autres. Elles servent au chauffage; je ne connaissais pas l’usage qu’en indique ici G. de G.

BONADIERS.— Ilz me donnèrent mille bonadiers (bona dies)? pour le long temps que je n’avoye esté à Vallongnes.

BOTE.— Il tira une bote de cydre.

BOUCHET. — Ilz firent le bouchet du myel.

BOUGONS. — Je fieffe six bougons de terre. — On sema troys boisseaulx de fourment à deux bougons, près la Chanevière. — La quantité de la semence donne à peu près la contenance de cette mesure de terre. Il faut un boisseau pour une vergée.

BOUL. — Le vent avoyt abbattu ung grand boul.

BOUNET. — Noël trouva ung bonnet enveloppé dedens du papier. — C’est notre mot.

BOURDONNIÈRES. — Je fys fère des clenchetz et des bourdonnieres de fer, aulx useryes des estables.

BOUTAILLE. — Pour troys quartes de vin et la boutaille.

BOYTEREUL.— J’achatte du boytereul, pour 6 solds. — Rien n’indique quoi.

BRASILLER. — J’euz du cuyvre, pour fère brasiller des cloches pour les vaches.

BRAYS. — Estant à Cherbourg, je m’en allé à la grève. Nous en retournasmes à la ville, entrant par les faulses-brays. — Les Anglais ont ce mot, false-bray, partie de fortifications.

BREC. — En brec, pour mercher les moutons. — C’est pour brai.

BREULLAS. — Le temps changea en breullas {brouillas pour brouillard).

BRISTER.— Maistre Françoys fist brister du hous.— Brister du lin.

BUCHATZ. — Je fys parer le pray des petitz buchatz et esmondes.

BRÈQUE.— Nous l’atteignismes à la brèque Carel. — Je fys sortir mon haras de la brèque Sourdit.— Très commun pour brèche.

BREVET. — Semble synonyme de billet, d’obligation : Je preste à Lehedez, 11 libvres et m’en baille ung brevet. — Ailleurs : Le tout à rabattre sur ce qu’il pouvoyt debvoyr en rente, en fermage, ou brevets.

C

CABINET. — Il y avoyt ung petit cabinet de boys, dont je n’avoys pas la clef ; je le fys porter chez R., pour l’ouvrir. — Il besongna à accoustrer le cabinet de la chambre Raoul, à mettre les poyres à garder.

CACHETTE. — Pour petite chasse, petit chemin, aussi communs l’un que l’autre : Nous le trouvasmes au bout de la cachette du clos. [Voir CHASSES ]

CABLE. — Je allé à la forest, pour ce que j’avoys ouy ung grand cable. Je trouve Yvon qui avoyt abattu une cuysse de fau. Je ouy ung cable au Couldre ; je y allé. Nous trouvasmes les serviteurs qui tronchonnoyent ung arbre. — Le cable était tout arbre abattu par le vent. On trouve dans les ordonnances du temps : arbres caablés. — G. de G. dit ailleurs : Ung cable tombé du vent.

CALQUIN. — Il portoyt ung calquin de vérins. — On apporte ung calquin de bierre. — C’est sans doute pour caque, espèce de petit baril.

CAPPITAINE. — Je cite ce mot pour le fait qu’il donne relativement à l’organisation de.ce que j’ai appelé la garde nationale des paroisses. Nous avons vu que chaque paroisse avait son capitaine. J’ai omis de dire que ceux-ci dépendaient d’un capitaine supérieur, qui leur transmettait les ordres et dirigeait leurs mouvements. C’est ce que semble indiquer la note suivante : Le cappitaine des troys paroisses arriva céans. — Et ailleurs : Le cappitaine des troys paroisses estoyt céans. — Ce Jacques Desilles, qui écrivait de Néeville au capitaine de Gouberville et dont j’ai cité la lettre, était très probablement un de ces capitaines supérieurs.

CARPENTIERS. — Pour charpentiers. — Ce qu’il y a de plus curieux c’est qu’il avait d’abord écrit charpentiers, qu’il efface pour mettre l’autre mot à sa place.

CARREAULX. — Pour 4 carreaulx d’acier. 5 solds. — Pour 2 carreaulx d’acier, 2 solds. — C’est évidemment une mesure de pesanteur. Voir au mot Manteaulx.

CARROYER. — Extraire d’une carrière : Ilz carroyent (à la carrière de Tourlaville) des pierres à couvrir.

CASTRIS, CASTRIX. — Je vendi deux castrys, saouf les peaulx que je retiens. — Ung castrix, qui avoyt dix libvres de suif.

CATARRE. — Il estoyt malade d’un catarre au visage. — Il dit ailleurs : Mlle lui communica (au médecin) de son catarre.

CAUDIN. — Il leur vendit ung veau. Je retins le caudin. [Chaudin]

CAULX. — Nous vinsmes ensemble, jusques au fournel à caulx. — Conservé, comme [ chaulx : voir COUCHER], qui s’y rattache.

CÉANS. — Adv. qu’il oppose à Léans, comme ici et là : Je viens soupper céans ; j’avais baillé 6 solds aulx serviteurs de léans.

CERCEREULES. — Voir article Table. — Deux canarts et une cercereulle.

CERTIORER. — Je resoudroys l’affère, afin d’en certiorer le sieur Durescu (qui estoyt alors à Mondaye).

CHAMBERIÈRES. — Il loua deux chamberières.

CHAMBRE. — Une peygne à eppater du chambre. —On prononce cambre.

CHANEVYEULX.—Je fys venner 3 boisseaulx de chanevyeulx.

CHAPPEAU DE ROSES. — Voir article Impôts.

CHARCHER. — Jamais chercher : Ilz furent aulx boys pour charcher des pourceaulx.

CHARTIL. — Ilz furent deux jours à reffère les chartyls, à la porte du boys. — Il rechaussa les roez et racoustra des chartyls à gerbes. — Encore usité.

CHASSES. — Chasses de Téville; chasses de Saint-Pierres ; chasse Lambert. On dit aussi souvent la cache, la cache-au-coq. [Voir CACHETTE]

CHAUDEL. — Je prins du chaudeau pour mon reusme. — Je fys fère du chaudel pour ce que j’estoys enreusmé. — Voir article Maladies.

CHAUFFETTES. — Conservé pour chaufferette. — Bitouzé (un potier) m’apporta des chauffettes et des casses. — G. de G. donne ces noms à des vases de terre ; je ne sais le dernier.

CHAUSSIÈRES. — Marchand de chaux : Je luy donne charge de dire aulx chaussières de m’apporter de la chaux vive.

CHAYRIL. — Il est ung chayril à mettre devant le feu, quand il y auroyt des malades. — Le mot charil s’emploie encore tous les jours pour désigner un grossier bois de lit.

CHECUN, CHECUNIÈRE. — Jamais il n’écrit chacun, toujours checun, usité encore : Ilz s’en allèrent checun à sa checunière.

CHER (la). — Je luy baille la cher d’ung chevreau. — Ché pour chair. Très commun.

CHERFOUYR. — Pinchon et moy cherfouysmes tous les pommiers du jardin. — Très commun, même pour s’enfoncer le doigt dans les narines.

CHEULT (il). — Il cheult tout plain de pierres du pignon de dedens l’esmoy. — Il cheult sur sa hache.

CHEVAISTEUS. — Nous prinsmes une jument (à la forest), échappée vendredi, et traînoyt deux chevesteus. — C’est pour chevètre, licou, d’où notre mot enchevêtrer.

CHYÈVRE. — Il me demande une chyèvre de mon troupeau.

On prononce encore ainsi le mot chèvre.

CHOPE. — Pour échoppe. — Les Anglais ont conservé shop : J’estoys sur la chope Jéhan Caulvin (mercier à Cherbourg).

CHOULER. — On se met à chouler. — Voir article Jeux.

CHOYSIE. — Nous fismes nos partages (mon frère et moy). Je fys la choysie. — Il dit ailleurs que c’était son droit, en sa qualité d’aîné.

CHUQUET. — Je fys sier du boys et entraîner les chuquetz à la maison. — Chuquet de Noël.

CHYMENEAU. — Il me donna ung grand chymeneau. — Ailleurs : ung cymeneaul et cymenel, apporté pour le pain bénist.

CHYMINÉE. — Le feu prinst à la chyminée.— On dit plus ordinairement chymnée. — G. de G. écrit lui-même une fois l’astre de la chymenée.

CIL. — Pour celui. — Il vouloyt vendre ung cheval, tel que cil qu’il m’avoyt desrobé.

CLENCHET. — Je fys fère des clenchetz pour les usseries des estables. — Ung clenchet pour ung esguet. — Très usité. Les Anglais ont conservé le verbe : To clinch, clinched, fermer.

CLOPINE. — Je luy debvoys 50 solds pour la jument clopine. Clopin était donc adjectif.

CODER. — Il vaca à coder la déclaration de missire Du Bosc.

CONDEMNÉ. — Pour condamner. — Il fut condemné à 50 libvres d’amende, pour avoir mal parlé de Sainte-Agnès. — Le fait à remarquer autant que le mot

CONGREAU. — Il apporta ung congreau. — Voir article Table.

CONNIN. — Lajoye fut porter à mon cousin 2 connins et 4 perdrix. — Ilz furent aulx connins. — Lapin sauvage. [mais] Comment arranger cela avec la note suivante : Symonnet alla à la chasse, et prinst deux connins et deux lappins?

CONQUÉRIR. — Je fus conquérir ma filleulle, à ung de ses herbages.

CONSEULX. — Arbitres par dessus les parties des conseulx. — Six escus aux conseulx. — Voir article Procès.

CONTREROLEUR. — Toujours pour contrôleur.

COQUERAYE. — Je fys semer de la coqueraye aulx Croultes. Qu’est-ce ?

CORBEL. — Singulier de corbeau. Pierre en saillie : Je fys lever Je corbel qui est sur l’huys de l’estable.

COTTON. — Pour du fil de cotton, pour mettre à la chandelle. 4 solds. — Je cite ce mot moins pour l’orthographe que pour le fait lui-même. Le coton employé pour la chandelle ne pouvait être que du coton filé. Est-ce à Bayeux qu’on le filait alors? Ce serait un fait très important pour l’histoire de cette industrie. Je ferai remarquer qu’il ne parle point de ce coton, tant qu’il est au Mesnil-au-Val, quoiqu’il y reçût grand nombre de merciers.

COUCHER. — Ilz couchèrent ung fourneau de pierres, pour fère de la chaulx. — Ce mot est aussi très usuel, pour étendre le linge dans la cuve.

COUPPEAU. — Je le mène au fest Bertault, doler et dresser le couppeau d’un chesne. — Ung chesne sec d’empuys le couppeau, jusques à la racyne. — Nous disons le coupet.

COULDRE. — Nous avons vu ce mot pour attacher une serrure. G. de G. l’emploie aussi pour un fer à cheval : Birette cousit ung fer à ma haquenée.

COULDRE, pour coudrier : Symonnet couppa de vielles couldres aulx Croultes. — Très commun.

COULTE. — Pour coude. — Encore très commun : Il s’estoyt blessé au coulte.

COURTIL. — Il paye le louage de son courtil. — On dit plus communément courtin.

COUSTEUR. — Ung jeune escollier, cousteur de l’église. — Ailleurs coustour. — On dit custos.

COUSTRE. — Pour coudre, encore usité : Fil noir à covstre. — Le sens qu’il a dans le passage suivant, est assez remarquable : Je fys coustre des serreures aulx portes.

COUVRE-CHEF. — Je cite ce mot, parce que je le trouve comme désignant une pièce de la toilette d’une femme : Je conte à Michelle Bisson, de ce qu’elle avoyt heu à jour passé, pour avoyr deux devanteaulx et ung couvre-chef.

CROCHER. — Voir article Jeux.

CUEULLIR. — Ce verbe, écrit comme on le prononce, formait son futur régulièrement : Ceulx qui assoyeront la taille, la recueulliront. — Mon frère recueullyra ce qui luy est deu.

CURAT. — Le curat de Belleville vinst céans (l’administrateur de la verrerie)

CUYDER. — Il cuyda mourir. — Nous cuydasmes nous perdre.

Le feu cuyda entrer dans la maison. — La Fontaine emploie ce mot en un autre sens : Tel cuyde engeigner autrui, qui s’engeigne soy-même. — Il s’est conservé dans outrecuidance.

CUYSSE. — Ilz abatisrent une cuysse de fau. — Cuysse et branches d’un grand fau.. [voir FAU]

CYNARS. — Jeune cygne. — Nous allasmes à Gattemare aulx cynars.

CYONS. — Je fys oster les cyons des pommiers.

D

DALE, nom donné encore aux caniveaux ou pierres creusées pour l’écoulement des eaux. — Je fys charger à Yvetot 43 pieds de noet pour une dale.

DÉBITE. — Redevance pour l’entretien et réparations de la cathédrale. — Je baille à la débite, en l’église de Cherbourg, aulx cousteurs, etc., etc.

DÉLINQUEUR.—Pour délinquants : Les délinqueurs seroyent hors de poyne.

DEMAINE. — Toujours pour domaine. Le recepveur du demaine.

DENPUYS, Voir EMPUYS

DERRAIN. — Pour dernier. — On entend encore dire le drain : T’es le drain. — Troys peaulx de chèvre envoyées à Saint-Lo le mois d’aust derrain.

DESCORT, terres DESCORDABLES.—Les femmes avoyent esté à descort, pour désaccord. — Nous allasmes voyer les terres descordables (sur lesquelles il y avait désaccord).

DESCROUER. — Je fys descrouer ung chesne tombé sur la couverture du manoyr.— Mot resté pour tomber plutôt que faire tomber. — On dit comme venant de ce verbe, encroué, d’un objet suspendu prêt à tomber. Il n’est qu‘’encroué, il ne tient à rien.

DESPARTIR. — Il donne toujours à ce mot le sens de se séparer, s’en aller, l’un d’un côté, et l’autre d’un autre : Je convie mon oncle jusqu’à Quinéville, où nous despartismes. — Il étend ce sens jusqu’au mot départ, pour point de séparation : Il s’en vinst avec moy jusques au départ du chemin de Bayeulx et de Russy.

DESPENDRE pour dépenser, qu’il n’emploie jamais.— Il me tinst compte de ce qu’il avoyt despendu. — Nous despendismes 18 solds. etc.

DESPESIÈRE. — Pour dépensière. — Il amena Guillemine, pour estre nostre despesiere.

DESTAINDRE. — Pour éteindre : Nous fusmes dans les Marescz pour destaindre le feu. — On le dit : desteindre la chaux.

DEULT. — Son cheval se deult des pieds de devant. — Du vieux verbe douloir, souffrir.

DEVANTEAULX. — Je conte à Michelle Bisson de ce qu’elle avoyt heu deux devanteaulx. — Le singulier seul est maintenant employé devantel ou mieux devantet.

DÉVIDET. — Pour dévidoir. On dit mieux dêvideux. — Il besongnoyt à fère ung dévidet (destiné à être donné en cadeau).

DEXTRE. — Ahan au tétin dextre. — Je n’ai pas trouvé chez lui son opposé senestre.

DICTIER. — Quel on nous dist ung dictier de Noël. — Les enfants vindrent chanter des dictiers.

DIERETTE. — Ung navire estoyt venu à gravage, près le hable de Dierette. — Toujours ainsi pour ce petit havre que nous appelons maintenant Diélette.

DONNÉE. — Il fist la donnée, pour distribution d’argent, surtout aux funérailles.

DOVELLES. — Il siet des dovelles. — Il fut tout le jour à fère des dovelles.

DROYCT. — Je le trouve au droyct du pressoyer. — Vis-à-vis.

E

EBLESTER. — Je fys eblester le tremoys du Clos-des-Ventes. — Briser les mottes.

ÉCLICHE.— J’achatte une bouteille d‘écliche que je fys emplir de bon vin. — Pour éclisse. Bouteille renfermée dans un tissu d’osier.

ELLAVARTZ. — J’envoye quérir ung esseul de fer, et quattre pallettes pour fère des ellavartz à charue. — Je ne sais quoi : on n’a pu me le dire.

EMMY. — Je rompy ma chausse en la doubleure, d’empuys le genoul jusques emmy la cuysse. — Très commun, comme amitan, pour moitié.

EMPAR. — L’accord (relatif à un partage d’un champ) tiendroyt empar les mercs et devises.— On dit très communément d’empar pour à partir de tel point. Remarquons, en passant, mercs pour marques.

EMPRÈS.— La mercyère d’emprès l’auditoyre.— Je fys gerber le tourment d’emprès le cappelier.

EMPUYS ou plutôt DENPUYS. — Toujours pour depuis.

ENCHARGER. — Je l’encharge de dire, etc.

ENCHISER. — Je fys tout le jour enchiser de la chevillette.— Probablement fendre avec un ciseau.

ENCOMMENCER. — Le cbesne estoyt encommencè à doler.

ENFLE. — Il estoyt malade d’une enfle qu’il a à la joe. — Très commun, pour enflure.

ENNUYCT.— Il despendit pour son dîner d’hier et d‘ennuyct 5 solds. — On dit plus ordinairement agnier pour aujourd’hui.

ENS.— Je fys mettre ens deux chartées de fain.—Très commun. On prononce aussi souvent ians : Tous les bleds sont ians.

ENPOSTUME. — Le barbier vinst voyer l’entrax ou enpostume que Harel a à la fesse.— On le dit toujours au lieu d‘apostume.

ENREUSMÉ.— Toujours, ainsi que reusme.

ENTONNEUR. — Je fys approprier l’entonneur (pour le cidre). — Ailleurs, il écrit entonnoyer. La première forme continue de prévaloir.

ENVIROLÉ. — J’envoye à mon oncle ung baston de jonc envirolé d’argent aulx deux boutz et au meilleu. — Cité autant pour le mot, que comme indication de l’ornementation de ces vieilles cannes.

EPPATER. — J’achatte ung peygne à eppater du chambre (cambre), comme on dit ordinairement.

EPPATOUS. — Il apporta ung eppatous pour le chambre.

ÈS. — voir AÈS.

ÈS. — Il avoyt prins cinq louveteaulx ès Merdereaulx. — Très commun pour aux.

ESBE. — Il s’embarqua dès l’esbe du matin.

ESCAPPBRIS. — J’envoye quérir deux chausseures de ret à charette, qui n’estoyent poinct escappbris ou escappbrés. — En parlant des roues de ses charrettes, il dit souvent qu’il les fit rechausser. Qu’entend-il en disant de ces pièces qu’elles n’estoyent poinct escappbrés? Suffisamment polies, du mot latin scabrosus?

ESCLOTOYRES. — Il fut au moulin, voyer les esclotoyres. — Je présume déversoir, du mot latin exludere. Peut-être vannes.

ESCOLLAGE. — Frais d’école. — Je baille à Julian (son serviteur), 4 solds pour payer l’escollage de son fils (ce qui prouve qu’il y avait une école au Mesnil).

ESCONDISSEMENT. — Il m’apporta des lettres de mon oncle, guarnies d’un bel escondissement de me prester 30 escus seullement, pour m’aler marier.

ESCORCHE. — Ung taincturier prenoyt l’escorche d’un noyer. Ce que l’on dit pour écorce.

ESCOUCHER.— Elle a été céans à escoucher le chambre.— Tous ces mots subsistent pour les diverses manipulations du chanvre et du lin.

ESCRIPRE. — Toujours ainsi, pour écrire. Il conserve cette orthographe dans tous les dérivés de ce mot, il escripvi, escripvain.

ESCRIPTOYRE.— Mot auquel il donne, outre la signification ordinaire, celle de cabinet de consultation : Je allé à l’escriptoyre des Cures (son avocat) ; — je allé à l’escryptoyre des tabellions.

ESCRUEL. — Lajoye fut porter ung escruel à teindre, pour fère des rideaulx. — Je suppose une pièce d’étoffe écrue.

ÉSÈVE. — La femme de Nicollas Drouet faict ésève de son enfant, puys huict jours. — Sans doute pour sevrage.

ESGUETZ. — Je fys charger à la carrière le jambage de deux esguetz. — Très commun.

ESGULLETTE. — Pierre prinse à la carrière pour fère l’esgulette du pignon.— Les esguelettes des lucarnes.— On donne encore le nom d’aiguillettes au triangle qui termine un pignon.

ESMOUELLER. — Il besongna à peler et esmoueller du boys pour fère du charbon à fère de la pouldre à canon.

ESMOY. — Ilz racoustrèrent l’esmoy de mon pressoyer. — On prononce maintenant esmé.

ESNOUER. — Je faisoys esmonder et esnouer l’arbre. — C’est de là que nous avons le mot nou pour nœuds, couper les nœuds. Nous dirions couper les nous.

ESPLINGUES. — Je donne des esplingues aulx filles de la paroisse. — On dit épingues.

ESPOUSER. — Il donne à ce mot un sens absolu : La fille Le Bourgoys espouse sabmedi. — Ce qu’il répète fort souvent.

ESSEUL. — Il recouvra ung esseul de fer, perdu l’an passé.— On le dit pour essieu.

ESSOURDRE. — Je fys essourdre le fourment (sié de la veille). — Pour soulever.

ESTAINS. —- Le provost des mareschaulx informoyt à Cherbourg de la prinse des estains faictes (sic) par Jéhan de Ravalet. — On donne le nom d‘estains à de certaines pièces de l’arrière d’un vaisseau. Est-ce cela qu’indique G. de G.?

ESTAMBORT. — Je donne à Bobin Castel du boys de chesne, pour fère ung estambort et des varengues à ung basteau, — Le mot usité aujourd’hui est étambot.

ESTANT. — La jument en s’enfuyant poussa mon oncle et le fist choyer de son estant.— Comme nous dirions de sa hauteur.

ESTAT. — L’urine d’un malade, envoyée au médecin. — Voir article Maladies.

ESTOCZ. — Ilz vindrent pour avoyr un ou deux estocz de chesnes.— Quand ilz heurent couppé l’arbre près du pied, la pesanteur de la rassine s’en retourna avec l’estoc. — Le mot éteau désigne maintenant surtout les tiges du blé qui restent au-dessus du sol, après qu’il a été scié.

ESTOFFES. — Voir article Toilette.

ESTRACQUER, ESTRAC. — Ces mots se trouvent expliqués dans la phrase suivante : — Il commença à néger ; on eust peu suyvyr ung lièvre à l’estrac. — Traquer, sans doute.

ESTRIEU. — Il tomba soubz son cheval, qui le traîna, le pied tenant à l’estrieu.

ESTRIVER. — Nous trouvasmes les paroissiens en l’église, qui estrivoyent pour eslire des asseyeurs. — Se quereller. Très usité surtout dans le sens de taquiner.

ÉTIQUETTES. — Envoyer des étiquettes dans les paroisses voisines pour recouvrer ung poulain

EXCOMMUNIE. — Il m’apporta des lettres monitoyres et excommunie.

EXÈQUE. — Mot latin, pour funérailles. — Il assista à l’exèque du trésorier La Guette.

EXPLAYCTER.— Le vicomte commanda au sergent qu’il heust à explaycter le mandement demain de grand matin. — On dit toujours en ce sens donner un explait.

EXTRA. — Mot qui revient souvent pour indiquer une séance judiciaire : l’ extra estoyt levé, quand je vins à Vallongnes. — Cantepye fut à l’ extra du baillage. — Désigne-t-il ainsi des séances extra-ordinaires ?

F

FAILLYRENT. — Ilz allèrent à la chasse, et faillyrent deux lièvres.

FAU. — Je luy avoys donné ung fau. — Il dit aussi fouteaulx : Nous allasmes charcher deux fouteaulx de 20 pieds de long. G. de G. emploie rarement le mot hêtres le seul conservé par l’usage ; il le remplace par fau ou fouteau. Je trouve une phrase où avec le mot hêtre, il nous donne les noms des principales parties d’un arbre quelconque : La tempeste abbattit quantité de cuysses, branches, couppeaulx de chesnes et hestres. — On dit plus souvent aujourd’hui le couppel, ou, selon la prononciation, le couppet de l’arbre.

FAULTEUR. — Je ne me sentoys en rien faulteur. — Pour ayant fait une faute dans le sens de manquement au devoir.

FAULTURE. — Le fourment n’est que faulture. Il y a plus des deux parts de vêcherons et d’ivraye. — C’est pour a fait faute, dans le sens de manque.

FELLE-BIBETTE. — On nomme communément bibette les petites bubes ou pustules, qui s’élèvent sur la peau. L’adj. felle, qu’y joint G. de G. semble s’être conservé dans le mot anglais fell, barbare, cruel, qui indiquerait la nature dangereuse de sa bibette. Je crois me rappeler que d’autres font dériver felle du mot latin fallax, trompeur

FENER. — Ilz allèrent aulx prays fener. — Je fus tout le jour avec mes feneurs. — Conservé pour faner, faneurs.

FÈRE. — Il fut à la fere à Montebourg. — Il dit quelquefois foyre, mais très rarement, comme on le fait aujourd’hui.

FEST. — Ilz besongnèrent à fère les chevrons noyers (quid?) et les festz des lucarnes. — Il dit fort souvent, sans doute d’une éminence ou monticule, le fest de Tourlaville.

FESTINER. — Pour fêter. — On festinoyt à Russy la feste de la Chandeleur.

FINÉ. — Avant jour, Birette se trépassoyt. Il estoyt finé, premier qu’il fist jour. — Je ne l’ai jamais entendu.

FLAUX. — Pour fléau. — Si vous prononcez flieaux en une seule syllabe vous aurez la prononciation actuelle, qui donne aussi à ce mot fliet.

FLOUINS. — Les Angloys estoyent saize navires, sans les flouins. — Vaisseau léger, sans doute.

FOLLES. — C’est le nom qu’il donne à ses bêtes sauvages. Mais dans la phrase suivante, il a un autre sens que je ne peux définir et qui semble désigner une sorte de filet : Mon frère estoyt allé à Bayeulx, contre ceulx qui avoyent levé et couppé ses folles à la mer.

FONTAYNE. — Pour cautère : Je parlé à Boytel, pour sçavoir comme il avoyt assis une fontayne à sa jambe. — L’anglais a conservé le mot fontanel, qui signifie cautère.

FOURMAGES. — Il m’apporta des fourmages, terme aussi commun pour fromage, que fourment pour froment

FOURMENT. — Il ne dit jamais autrement, et on conserve ce mot dans nos campagnes.

FOURMENTTAS. — Pour paille de froment : J’envoye charcher une chartée de fourmenttas. — Ailleurs il donne à la paille d’orge un nom analogue, orgeatz.

FOURNEL. — Nous en vinsmes ensemble jusques au fournel à caulz. — On dit aussi founel.

FOYEN, FEYN, FAIN. — Pour foin. — Les derniers sont très communs encore aujourd’hui.

FOYRRE. — Une chartée de foyrre. — Il dit plusieurs fois, en parlant d’orge, feuvre : Mon frère fist emporter une chartée de feuvre d’orge. —- On dit encore, en parlant des tiges sèches des pois, des favets. — Il est digne de remarque que chaque objet eût alors son nom spécifique. Nous n’avons le plus souvent conservé que le nom générique.

FRANGER. — Le statut fut frangé en ma faveur : rompu.

FRESSURE. — Il leur vendit ung veau : Je retins la fressure — Pour fraise.

FRICCA. — Nous allasmes à la forest courir du haras. Nous faillismes (à prendre) la jument Th. Drouet. Elle fricca V. Paris et luy cuyda passer sur le ventre. — Du latin fricare.

FUMELLE. — Je fys cueullyr la fumelle de la chanevière. — On dit de même de cette fumelle (qui est le mâle).

FUSEAULX. – Catheline vinst chausser le moulin de fuseaulx et d’allençons. — On donne encore ce nom aux verges qui forment ce que l’on appelle la lanterne d’un moulin. Ce sont les alençons qui. les prenant en revers, les font tourner. Nous pouvons induire d’une note sur son voyage à Blois, que les fuseaulx de son moulin étaient de bois : Arrivé à Dreux, je fus voyer ung moulin à l’entrée de la ville, duquel les fuseaulx estoyent de fer. Ce qu’il n’aurait pas dit, si les siens eussent été de la même matière.

G

GABORS. — Cantepye alla à la vente fère charger une pièce de gabors.Gabors, planches qui font le bordage d’un vaisseau.

GAFFE. — Il alla fère accoustrer son arbaleste, à la gaffe. — L’anglais a gaffle, clef d’arbalète.

GANTES. — Toujours pour jantes, comme aujourd’hui.

GARET. — Je fys relever du garet à la Perruque. — C’est la terre rompue, comme il dit, et qui n’est pas ensemencée. Je crois qu’au lieu de relever, on dit ordinairement rebouter, surtout pour le sarrasin.

GARNIER. — Pour grenier : On porta des pommes au garnier. — Je mys du fourment au petit garnier. — On dit guernier.

GARRE. — Ung petit poulain, à œul garre.

GAVELLE. — Il ne restoyt que deux champs de trémoys en gamelle. — Pour javelle, auquel le premier se préfère toujours.

GAYGNER. — Il avoyt gaygné sa cause. — Il doit gaigner 4 libvres. — Nous disons gain et gagner, singulière chose.

GENEVEUFVE. — Toujours, chez lui, pour Geneviève, SainteGeneveufve, nom d’homme et de paroisse.

GENICHE. — Genichons, conservés, pour génisse, qu’il n’emploie jamais.

GENOUL. — Ce qu’il dit toujours pour genou. La trace de cette orthographe et de la prononciation se trouve dans le dérivé genouillère.

GENS. — Synonyme persistant de domestiques ou ouvriers employés dans la maison : Je baille à Françoise Lorion, 6 solds, que mes gens y avoyent despendu à jour passé. Je m’en revins aulx praitz, à mes gens.

GERBIÈRE. — Je fys charger à la carrière une gerbière. — Je présume les pierres nécessaires pour agencer l’ouverture du grenier où il jetait ses gerbes, ouverture qui de là tire son nom. On dit assez souvent aux enfants qui pleurent : Ouvre ta vilaine gerbière; quelle gerbière il a!

GETTON. — Pour des gettons que j’achatte chez Lambert, mercyer. — Je ne sais quelle sorte de gettons il achetait chez ce mercier. Il donne ailleurs à ce mot une signification qui ne peut convenir à cet achat et qui est nettement déterminée dans la phrase suivante : Nous ostasmes des gettons du pied des pommiers. — En un autre endroit : Je osté les gettins et mousse à troys rengz de pommiers. — C’est la même chose que ses cyons. Ce dernier mot de gettins a donné au langage populaire celui de rejetins, pour les petits choux qui viennent autour de la tige quand la tête en a été coupée.

GISTE. — Ung giste et ung chymier de beuf. — Voir article Table. — Ce mot est usuellement employé.

GLEU. — Pour glui. — Il alla pour recouvrer du gleu de seilgle. — Nous disons glu, l mouillée.

GRANCHE. — Pour grange : Le long de la paroy de la granche. — On dit de même.

GRAVELLE. — Pour petit gravier : Il avoyt grand mal à ung œul d’une gravelle qui l’avoyt hier touché. — Il dit cela d’un meunier qui travaillait à une meule.

GRUESQUES. — Ma seur me donna du beurre frays et des fèves gruesques. — C’était au 7 du mois de mars, époque où il n’y a pas de fèves mûres. Voudrait-il dire des fèves concassées, gruêes, moulues comme gruau ?

GUARIE. — Il me dist que ma niepce estoyt guarie. — On le dit encore.

Il

HABLE. — Nous partismes du hable de Sainte-Honorine. — Il doybt aller au hable-neuf. — C’est ainsi qu’il dit à une ou deux exceptions près, pour havre, le Havre. Ce mot n’est pas encore oublié sur nos rivages.

HALEBRENS. — Je advise une quenne saulvage et douze petitz halebrens qu’elle menoyt. — Mot conservé, qu’on écrit halbran.

HAMEL. — Pour hameau. Le hamel ès Groutz. — Nous prononçons hamet.

HASTELET. — Ung propos sourdit touchant ung hastelet (que l’un voulait manger et l’autre réserver pour le lendemain). — Nous ne désignons pas autrement encore aujourd’hui les côtes du porc frais, destinées surtout à être rôties. Et le même dictionnaire [voir Hastier], qui nous dit que c’est une petite broche à rôtir ! Nous, Bas-Normands, nous savons mieux notre français.

HASTIER. —Nous partageasmes les hastiers et aultres meubles de cuysine. On dit plus ordinairement un hestier, et c’est à tort puisque cet ustensile s’emploie à cuire d’une manière hâtive les grillades et les omelettes. Mais que dire du dictionnaire qui nous dit que les hastiers sont de grands chenets !

HAYSE..— Je fys semer du tremoys au clos des Ventes. Grigars y pendit une hayse au bout de hault. — Ce mot, rapproché de cet ensemencement et de l’usage encore régnant de suspendre dans les champs des oiseaux ou autre chose pour effrayer les ravageurs, m’avait permis de croire qu’il était le synonyme de haze, femelle du lièvre ou du lapin sauvage. J’ai appris depuis qu’il est plus probable que c’est le nom d’une grossière barrière, et qu’on dit encore fort souvent un hayset, variante évidente de hayse. Une phrase de G. de G. que j’ai remarquée depuis semble confirmer cette opinion : Je fys charier des caillous, et mettre entre les deux hayses de la chasse Lambert.

HEC. — Il a esté 4 jours à fère ung hec et ung huys aulx estables. — Ce mot très usité désigne une demi-porte qui reste fermée quand la porte pleine, pendue sur le même jambage, est ouverte. On prononce hé.

HER. – Pour hier. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il l’emploie toujours et sans une seule exception devant soir, her soyer : Il estoyt venu céans her soyer. — Partout ailleurs, il écrit hier,

HERCHE. — Je parle à Saillard, à la herche du viel manoyr de Toqueville. — Ma herche de fer. — C’est ce que l’on dit journellement pour herse.

HESTROTZ. —Ilz abbattisrent deux hestrotz.—Petits hêtres. On dit souvent fresnot. Hestrot semble oublié.

HEUDRI. — Il mist en busche du boys de fau tout heudri. — Ce mot très employé ne s’applique guère qu’au linge ; pour le bois de hêtre surtout, on dit cani.

HEULT. — Ce qui se dit le plus souvent pour eut : Il heult de moy 3 solds, — et au participé passé, troys aulnes (d’étoffe) que j’avoye heuz d’elle.

HIERRE. — Il y a ung hierre qui couvre le bout de la maison. —C’est pour lierre, moins rapproché de l’étymologie latine hederá,

HOBIN. — Je envoyé Symonnet à Russy, sur mon hobin gris. —Cheval, dit-on, originaire d’Ecosse.

HOSTEL. — Hostel Feullye, hostel Hamel. — Ce sont de simples ouvriers, l’un maréchal-forgeron, ce qui exclut l’idée d’une maison somptueuse.

HOUPPER. — Je fys houpper le chambre et mettre en l’eaue.

  • Je cite ce mot à cause du sens que G. de G. lui donne. Il ne peut signifier peigner le chanvre, puisqu’il le fait immédiatement après qu’il a été houppé, mettre en l’eaue.

HUE. — On faisoyt une hue aulx loups. — Plus bas, il dit : Ilz revindrent de la huée, — Voir article Chasse,.

HUYSSET.— Diminutif de huys ; Hamel fist une claye qui avoyt ung huysset au milieu.

I

IL. — G. de G. emploie ce pronom dans le sens de lui : J’envoye Chariot à Bricquebec. Il revenu, me dist, etc. — Ailleurs beaucoup de phrases analogues à celle-ci : Receu en l’acquict de Jéhan Besnard, 30 solds, pour ce qu’il doybt des héritages qu’il Besnard a en la paroisse de Digoville. — De Jéhan Leclerc, 13 solds sur ce qu’il et son frère doybvent.

INTENDIT. — Il failly (manqua à) fère preuve de son intendit (entendement).

J

JACQUES DE MAILLE.— Ilz apportèrent à Symonnet ung jacques de maille. — Les Anglais ont le mot jack et jacket, dans le même sens ; nous, nous avons la jaquette. communément employée pour les petites robes des enfants. Le jacques était une armure composée de petits anneaux de fer, sorte de robe ou cuirasse tombant de la tête aux cuisses. Ce fait est une indication de l’équipement militaire à cette époque.

JARBES.— Maillard se passa le doy (doigt) de la fourche à jarbes au travers du bras. — Ailleurs et plus souvent il dit gerbes.

JETONS. — Lajoye osta des jetons au pied des pommiers. —

Voir au mot gettons. C’est une autre façon d’écrire les scions, que nous appelons plus communément des jets.

JUC. — Ilz venoyent aulx ramiers, au juc. — Au lieu ou au moment où les oiseaux étaient juchés. — Encore très commun.

L

LABOURER.— Il labouroyt à l’extrémité (en parlant de son oncle mourant). — C’est le latin tout pur.

LACHER. — Il ne cessa de plouvoyr. Quand il fut un peu lâché, nous en allasmes. C’est comme faire relâche, interrompre. Très ordinaire, mais avec variante de prononciation : laquier, laque, cha, pour laisse-aller, ce qui est un autre sens.

LAISE. — Il fut trompé sur la laise (de son étoffe). — Mot usuellement employé ; mais on dit aussi le lès.

LE. — Cet article est très souvent employé chez lui, dans le sens de celui : Je avoys ung harnoys de céans, le Henry Gardin, le Mesnage, le Vincent Paris, le Nicollas Vaultier. — Ilz furent à Yvetot avec le Th. Vaultier.

LETTRE DE COURONNE.— Je say aussy bien (ce que vous dites) que je fays ma lettre de couronne. — Que peut-il entendre par là? La lettre de son paraphe et ses enjolivements? Je ne sais.

LEVRON. — J’envoye le levron de Bureau et Escarlatte (noms de deux chiens). — On retrouve ailleurs ce nom du jeune levrier, avec l’indication des soins délicats, que les vieilles duchesses exigeaient de leurs nourriciers, pour leur faire un bon tempérament. G. de G. avait envoyé un chevreau à Mme de Saint-Pol, à Bricquebec. Lajoye, qui le portait, la trouva à la Galerye. Elle luy dist qu’il me demandast si je luy nourriroys ung levron, et qu’il fauldroyt qu’il eust parfoys du lect de chèvre. Il dit plus bas qu’on le lui apporta estant de fort bonne race, mais tout couvert de gale. Mme de Saint-Pol avait le cœur bien placé, et son médecin de même.

LIGER. — Il m’apportoyt ce qu’il me debvoyt. Je ne prins poinct son or, pour ce qu’il estoyt trop court et trop liger. — Ailleurs pièces de monnoie trop ligières. — On le dit encore. Dans sa phrase, je comprends le poids, la longueur, non.

LIGNER. — Ilz furent ligner aulz trouettes. — Pécher à la ligne.

LIGNEUX. — Graine de lin : Je fys bailler ung boisseau de ligneux à Mlle du Couvert, de quoy j’avoys refusé 10 solds. — Comme il est fier de son cadeau ! Ailleurs il dit : Je fys arer pour fère du lin. Arnould m’apporta de Saint-Pierres ung boisseau de ligneux. — Et le lendemain : Je fys semer du lin (dans le champ aré la veille).

LONGUE. — Je leur baille le cuyr de la geniche, la longue et les trippes.

LORAILLE. — Je cite ce mot qui semble avoir été un nom commun, puisque nous avons aussi notre chasse Loraille. G. de G. cite celle de Bris : Je leur avoys baillé des fieffes à Loraille de Bris.

LOUTEREAULX.— Nous faillismes (à prendre) troys loutereaulx, qui estoyent en la baye (non loin de la rivière de Sère). — Petits de la loutre, rare maintenant en nos parages.

M

MA. — Pour mal : Je me trouvoys fort ma à la test. — Le lendemain pourtant, il dit : Je me trouvoys mal à mon ayse. — Ma, en ce sens, est très commun encore.

MACHONNER. — Ilz machonnoyent à l’estable. — Très ordinaire, les mâchons. — Jambe de bois, machon.

MADEMOYSELLE.— C’est le qualificatif qu’il donne à toutes les femmes mariées dont il parle. Je n’ai remarqué d’exception que pour Madame de Bricquebec : Je ne trouve poinct M. Des Essartz en sa mayson. Mademoiselle sa mère me dist qu’il estoyt parti. — La deffuncte damoyselle, femme du sieur d’Ozeville, et mère de G. Le Roux, escuier.

MAGNEN. — Synonyme de chaudronnier. Je change une pesle d’érain à ung magnen de Magneville. — Valognes avait naguère une rue de ce nom et pour cause. On a mis M. A. de Tocqueville, au lieu et place des magnens. C’est regrettable. L’illustre auteur de l’Histoire de la République de Venise, M. le comte Daru (t. III, p. 71), se servait du nom des rues de Venise même, pour prouver « que cette capitale, au temps de sa splendeur, était un grand atelier. » Tout récemment encore, le savant archiviste du département de la Seine-Inférieure, M. Ch. de Beaurepayre, constatait, dans ses curieuses et instructives Recherches sur l’instruction publique dans le diocèse de Rouen (t. I, p. 175), que le nom d’une des rues de cette ville, s’expliquait par l’existence d’une très ancienne école, établie dans le quartier pour les pauvres. — On ne peut trop insister sur l’importance historique de ces sortes de souvenirs du passé.

MANTEAULX. — Je conte à mon pelletier pour six manteaulx et demy de penne blanche (sorte d’étoffe) qu’il a employés à ma robe de droguet. — C’est donc une mesure de longueur. — Voir article Carreaulx et Vêtements, au texte.

MARCHESQUE. — Fête de Mars, pour l’Annonciation. — C’était le premier jour de l’année du temps de G. de G.

MASTEREAULX. — Ce ne peut être que de petits mâts : Il me demanda des aulnes, pour fère des mastereaulx pour son navire.

MATIN. — A matin : Il vinst céans à matin. — Pour ce matin, très commun.

MAYS. — Pour lorsque : On portera (cette terre dans le pray), mays qu’elle soyt pourrie. — Encore usité, mais rarement, je pense.

MEILLEU. — Pour milieu : La claye avoyt ung huysset au meilleu. — Conservé.

MELLE. — Pour 50 melles à rideaulx, 6 solds. — A peine dit-on encore aujourd’hui des anneaux, tant l’autre est resté populaire ! G. de G. se sert une fois de ce dernier : J’achatte d’un mercyer de Saulsemesnil des aneaulx à courtine.

MENEUR. — Pour Tuteur. Ilz estoyent assemblés pour fère meneur au jeune frère.— Missire Le Flamenc (estoyt) meneur des enfans de feu Marin Le Flamenc ; la veufve donna troys testons audict tuteur.

MENEUVRIER. — C’est, chez lui. la dénomination exclusive de menuisier : Larcher, meneuvrier, fist ung chariyl. — Ung valet à meneuvrier.— Il l’étend au travail même du menuisier, et dit toujours meneuverye : Cardet vinst fère la chasse de l’armoyre. L’armoyre fut achevée, tant de massonner, que de meneuverye.

MERCEROTZ. — Je donne 1 sold à deux petitz mercerotz.Petits merciers. Nous avons perdu la plupart de tous ces diminutifs.

MERCHE, MERCHÉS (que l’on prononçait merc). — Pour marque. Très usité : Il venoyt sçavoyr quelle merche avoyent ses pourceaulx; il y en avoyt qui estoyent merchés d’un fer chault. — Ce qui prouve la prononciation, qui persiste la même encore aujourd’hui, c’est la note citée au mot Empar ; L’accord tiendroyt empar les mercs et devises.

MERCYER. — Pour remercier : Il me mercya d’un boisseau de trémoys.

MESGNY. — Pour aujourd’hui : Il m’escripvoyt qu’il ne s’en pourroyt mesgni venir. — Il me manda qu’il ne viendroyt mesny.

MESLURE. — Mélange. — Il donne ce nom à un mélange de céréales qu’il sème ensemble : Je fys semer 12 boisseaulx de meslure, trémoys et avène. — Je fys semer 15 rasières d’avène et 3 boisseaulx de meslure. — Il y a dans ces notes une indication de ce que pouvaient être certains pains ou bouillies. La présence du trémoys, espèce de froment, indique plutôt le pain.

MESNIL-AU-VAR. — C’est toujours ainsi qu’il écrit le nom de sa paroisse, ce qui est déjà une altération du nom donné par le Livre noir, qui porte de Mesnillo Avar.

MESTIER. — Il nous dist que nous n’avions mestier de luy monstrer nos lettres (nos titres). — Pour besoin, nécessité.

SAINT-MICHEL. — Qu’on prononçait sans doute comme aujourd’hui Saint-Michier, autant que je peux l’écrire. G. de G. écrit ailleurs Saint-Michel, ce qui semble prouver qu’il écrivait quelquefois comme on parlait, et que l’habitude lui faisait oublier l’orthographe.

MIGOE. — Je fys eslire la migoe du pressoyer. — Ce mot, très commun, se dit des poires et des pommes qu’on serre pour l’hiver et du lieu où on les garde.

MILLEUR. — Pour meilleur : On avoyt apporté deux saulmons; j’en heult le milleur. — Ung mullet, le milleur que je mengé oncques. — Conservé.

MISES. — Mises et receptes. — C’est le premier mot de son journal, pour dépenses. — Ailleurs : Je fys une coppie des myses faictes pour mon oncle.

MOLLETZ. — Nous partageasmes les molletz et aultres meubles de cuysine. — Se dit encore pour pincettes.

MOMON. — Voir article Jeux. Le masque et les dés jouaient le principal rôle dans cette momerie.

MONNAIE.— Voir au texte, article Monnaies, et le mot Poys, à sa lettre.

MONNIER. — La femme du monnier de Gouberville vinst céans. — Catelin, monnier à Brillevast. — Nous disons mounier.

MORS. — Pour mordus : Nos chiens avoyent esté mors d’un aultre chien. — Je l’ai souvent entendu. — Il écrit de même le participe de mourir : des arbres secz et mors.

MORTAYSER. — Il mortaysa tout le jour les chevrons noyers des lucarnes. — Ce noyer est-ce le bois ou autre chose ?

MOTE. — Je fys laisser le lin cuelly, en mote, sur le champ. — Mote semble ici pour pile.

MOURUE. — On le dit encore plus souvent que morue : Il apporta ung morceau de mourue. — Il ne fait d’exception que pour le diminutif : On apporta deux moruaulx.

MOUCHOUER. — Qu’il écrit ailleurs mouchoyr : Je perdy mon mouchouer.

MOUSTIER. — Pour église, corruption de monastère : M11e de Tollevast estoyt preste d’aller à vespre. Je luy fys compagnée jusques au moustier et fus aulx dictes vespres.

MOYSSONS. — Nous tendismes ung saillant aulx moyssons, et ne prinsmes rien, pour ce qu’ilz ne se vouloyent arester à la portée de la dicte ré. — Très commun, au lieu de moineau. Ré, pour rets, qu’il fait féminin.

MUCHÉ. — Sanson avoyt muché l’argent. — Il s’estoyt muché de moy. — On dit encore et souvent, mais avec une prononciation impossible à écrire, comme beaucoup d’autres mots, muchie, muchier.

MUETTE. — Ilz virent mettre l’escuyer en sa muette.Cachot muré de toutes parts.

MULLON. — Nous mismes en grand mullon le fain faulché de mardi, et portion fut mise en petite viellote.

MYAULT. — Jour de la miault. — De même encore pour la mi-août.

MYCHE. — Pain de choix, conservé par l’anglais, comme chez nous, miches, pains blancs. G. de G. l’employait pour le pain bénit.

N

NAGA. — Symonnet revinst de Russy. Il estoyt tout en naga. Il avoyt failly se nyer au gay en passant. — Ce mot naga jamais entendu, est sans doute pour en nage.

NAMPZ. — Il alla porter à Bayeulx les nampz de Roger que Lesommelier avoyt laissés à Russy, à estre vendus.—Le curay de Tourlaville s’en retourna pour estre à la vendue des nampz qu’il fist hier contraindre sur Fournel. — Ce devait être des objets saisis par le créancier, d’où sans doute notre mot nantir.

NAVEAULX. — Je fys rompre la terre pour fère des naveaulx.

  • Cette terre rompue en avril he fut arée que le 28 juillet suivant. Naveaulx est de notre beau langage. On prononce aussi naviaulx.

NAVRER. — Les loups avoyent navré ung pourceau au ventre. Faire une grande plaie, employé chez lui exclusivement en ce sens.

NEELLE. — Nous allasmes quérir ung esseul rompu pour fère une neelle à moulin. — Je donne 5 solds aulx marteleurs (de Gonneville) pour qu’ilz me feissent une neelle de fer de louppe, pour le moulin. — Ce fer pesait, dit-il, 30 livres. On appelle encore aujourd’hui neelle la pièce de fer qui supporte la meule supérieure.

NIVELETZ.—Je fus chez Feullye fère fère des niveletz.— Ce Feullye était forgeron. Rien n’indique l’objet qu’on lui demande.

NOET. — J’achatte 40 pieds de noet de dale. — Je fys charger 44 pieds de noet de dale. — Ce doit être de la pierre creusée pour faire un petit canal. On dit à peu près en ce sens un not, noe, noue. — Il dit lui-même : Je fys tirer une raye de charue le long de la noe pour arouser le bas du clos.

NOOS. — J’achatte pour 6 solds de poisçon et des noos de morue. — Je crois avoir entendu ce mot à Granville.

NOYAULX. — Il fist des noyaulx pour des pourpoinctz. — Espèce de boutons, sans doute.

NYER. — Cité plus haut, est resté très populaire. G-. de G-. dit ailleurs en parlant d’un lièvre qui s’etait terré : On le trouva nayé en terre.

O

OBTINTZ. — Je le fys sommer de payer les despens que j’ay obtintz sur luy. — Ce participe du verbe obtenir est encore très commun.

OEULLARD. — Nous vinsmes par le moulin Drouet voyer ung oeullard de meulle et une vielle meulle dont j’ai affère. — Je ne sais. Et vous?

OMICYDI. — On debvoyt fère appoinctement pour l’omicydi de Chandeleur. — Plus loin, il écrit homicydi.

OUESEAULX. — Si on prononce iaulx. on aura notre nom si populaire ouesiaux, ouesets. Voir article Chasse pour les espèces.

OUGNONS. — Il me demanda des ougnons. que je luy donne. — On crie à tous nos marchés : Qui veut de l’ougnion!

OULTRAGE. — Ce mot et le verbe oultrager signifient toujours chez lui une grave blessure : Merveilleusement oultragé à grandz coupz de baston ; — oultragé d’une dague, d’une espée.

OURME. — Il besongnoyt à fendre du boys d’ourme.Ourmeaul, qui est sur le chemin. — Il dit aussi, mais rarement, ulme : Ilz avoyent abattu ung ulme à la chesnée. Nous n’avons conservé que l’ourme, l’ourmiau,

OUYLLE. — Pour une pinte d‘ouylle à brusler. — Ailleurs, il écrit uylle.

OUYSTRE. — Je hume ung ouystre qui me fist mal.—J’avoys mengé des oystres, qui m’avoyent faict mal à l’estomac. — Des ouystres en escale. — Voir au mot ystre, le seul conservé. — Les Anglais ont encore un de ces noms, oyster. Nous avons l’êcale.

OYEINCT. — Pour oing : Je luy baille une libvre de viel oyeinct.

P

PAIN de Bourgonne. — Pour poix de Bourgogne. — C’est ce qu’on entend encore tous les jours, même en hauts lieux. — J’envoye quérir du pain de Bourgonne pour fère ung emplastre sur mes costes.

PALET. — Ilz fisrent tout le jour de la chevillette et du palet. — Terme encore en usage pour les planches qu’on place entre les soliveaux et qui sont ordinairement recouvertes de terre. G. de G. semble ailleurs lui donner le sens de poteau. Dans un échange qu’il faisait d’une portion de terre avec son cousin Grandval, ils tirèrent une ligne de démarcation et y fut planté ung palet, et l’accord tiendroyt empar les mercs.

PALLES. — Ilz emportèrent deux mannes et deux palles ferrées pour servir les massons. — Conservé pour une sorte de grosse pelle. On dit plus souvent ma paille.

PARDONS.— Pour indulgences : On leut à vespres les pardons de Saint-Lasarre de Jhérusalem. — Ce mot, pris en ce sens, est perdu chez nous, mais non ailleurs.

PARER.— Nettoyer. Je fis parer l’abbrevoyer.—Je fys parer les rayes des champs hier labourés.

PARPAYER. — Payer tout ce que l’on doit : Je le parpaye.

PASTUREAULX. — Les massons besongnèrent à fère des pastureaulx pour remettre au Coulombier. — Il nous fait entendre plus loin que ces pastureaulx se plaçaient à la chaux vive. C’est tout ce que j’en sais.

PARTEMENT. — Pour départ. — Il nous fist grand chère à nostre partement.

PASQUES. — Il donne à ce mot le sens de communion, même en dehors du temps pascal : On jeûnoyt se jour (mercredi 27 novembre), et on doybt jeûner vendredi et sabmedi prochains, pour fère dymenche ensuyvant ses Pasques.

PATTENT. — Le duc de Boullon apporta à Caen le pattent du pardon accordé par le Roy. — Lettres patentes, ouvertes, en opposition aux lettres closes.

PAULT. — Je fys commencer à planter des paults en la rivière, au bout de hault du pray du Trésor. — Je présume poteaux, destinés au barrage de la rivière, au-dessus de l’endroit où il voulait faire un mur de soutènement. Il donne le nom de closture aux divers branchages qui devaient entrer dans la confection de ce barrage : Chasles ayda à Doysnard à fermer la rivière et à coupper de la closture. — Il ne peut charier que troys chartées de cloture.

PENTHECOUSTE. — Toujours, comme nous encore, pour Pentecôte.

PENTHOURE. — Je fys attacher la penthoure du bas de la porte. — Toujours pour penture.

PERAY. — J’envoye quérir du peray nouveau chez Auvrey. — Pour poiré. L’anglais a perry, qui se prononce à peu près de même.

PERRIERS. — Je fys parer parmy les rengs de perriers. — Arracher des perriers. — Il dit aussi poyriers : Les poyriers que j’avoys faict arracher. — On préfère encore la première locution.

PERSONNIERS. — Missire Lehériché (paye une rente) qu’il ou ses personniers doybvent. — Pour représentants, sans doute.

PÈS (EN). — Pour en paix. G. de G. donne à cette locution le sens de lentement, doucement : Pour ce qu’ilz venoyent trop en pes, je lès laisse et m’en vins. — Cette locution subsiste au même sens.

PESAS. — Nous passasmes par la grange où Myllan liet des pesas. — Ce mot se dit encore pour désigner les tiges sèches des pois. Il est à remarquer qu’il donne cette terminaison as aux pailles diverses : fourmenttas, orgeats et ici pesas. Comme notre langue actuelle a fait la dédaigneuse !

PESLE. — Très commun pour poêle : Je change une pesle d’érain à ung magnen.

PESQUAILLE. — J’arrive céans avec ma pesquaille. — Pêche de petits poissons. — Très usité.

PEUSSON. — Pourceaulx envoyés à ma peusson.— Mot longuement expliqué à l’article Pourceaux.

PIGONS. — Pour pigeons. — Je cite ce mot comme preuve que le g était alors doux, sans être suivi de l’e, ce qui se voit aussi dans bourgoys, toujours pour bourgeois.

PILÉE. — On descendit 52 boisseaulx de pommes y comprins la première pilée. — Resté dans l’usage.

PITAULTX. — Il estoyt accompagné de 4 ou 5 pitaultx. Rustres, terme déjà de mépris.

PITEL. — Cantepye alla à Cherbourg sur le pitel de Saint- Naser, sur lequel Jéhan estoyt hier venu. — Il s’agit évidemment d’un cheval. N’est-ce point la couleur plutôt que l’animal qui donne ce nom ? Nous disons souvent des pitteaux ou mieux pitiaux pour de jeunes pies.

PIQUOYS. — J’achatte ung piquoys, pour 4 solds.— Ce nom, comme l’outil qu’il désigne, est très commun. C’est une sorte de houe, dont le bout est pointu. L’anglais l’a conservé, pich. Il joint ce mot à un autre, pour désigner notre pioche, piche-axe, autre houe à deux bouts, dont l’un est pointu, l’autre aplati, hache et pointe. Ces deux mots, pioche et pich-axe sont évidemment de même origine.

PLANCHIER. — Pour plancher, une de nos prononciations inécrivables.

PLATIN. — Il apporta une plis et du platin. — Devinez. [voir SOLETTES]

PLATTE. — J’achatte une platte de fer à Bayeulx. — Une feuille? to plate en anglais, signifie couvrir d’une feuille d’or ou d’argent.

PLÉGER. — Pour cautionner : Le vicayre l’a plégé de payer dedens le jour Saint-Mor. — De là plège, pour celui qui cautionne ou cautionnement : Je baille à Jéhan Birette le moulin de Gouberville, au plège de G. Lehériché. — Il advertit son frère et ses plèges de revenir demain. L’anglais a le nom et le verbe pledge a peu près au même sens.

PLÈS. — Toujours pour plaids. Les plès de la banlue de Bayeulx. — Je allé à Cherbourg pour les plès royaulx que tinst Esgremont (lieutenant de notre bailli).

PLOUVINER. — Tout le jour, il ne cessa de plouviner. — Ce mot revient fort souvent chez lui pour dire qu’il tombait une petite pluie fine. Nous disons en ce sens crachiner, brouiner.

POMMES. — Voir article Cidre, pour les espèces de pommes.

PORTS. — Il alla au Pont-l’Abbé aulx ports et passages d’environ. — Mot expliqué au texte, signifiant à peu près passages, avec cette différence probable qu’on pouvait passer l’un à pied, et qu’on était porté à l’autre à cheval ou en barque.

POUCHE. — On ne dit jamais poche de sacs à blés : On avoyt prins le blé Th. Drouet et la pouche. — Il avoyt ung cochon dedens une pouche. — Je leur fys oster une pouche (pleine de glan).

POULLAILLE. — Une pièce de poullaille mortifiée.

POULTRE. — Cantepye alla à la fère vendre la poultre hier prinse. — C’est cheval ou jument ; voilà ce que j’en sais. Il prend ses poultres avec son haras de la forêt.

POURGETTER.—Ilz commencèrent a pourgetter sur l’estable. — On dit porjeter, au lieu de récrépir.

POURMENER. — Toujours pour promener : Je m’en allé pourmener chez Drouet.

POURVISION. — Je l’envoye quérir la pourvision, pour provision. — Singulier caprice, nous avons conservé pourvoir, pourvoyeur et rejeté pourvision.

POYCTRAL. — Pour la refaçon du poyctral et croppier (de mon cheval), 2 solds. — Mots cités, moins pour eux-mêmes, que comme indication de pièces d’harnachement de l’époque.

POYNE. — Toujours pour peine : A grand poyne il pouvoyt se tenir. — Je leur défends de revenir, sur la poyne au cas appartenant. — Plus rapproché du latin pœna.

POYS. — Pour poids. — Cette différence ne vaudrait pas le relever, comme il dit, sans la note d’où je l’extrais. On y trouvera une preuve de l’embarras que j’ai signalé, causé par la multiplicité des monnaies qui avaient cours alors. Il fallait être pourvu d’un trébuchet et se procurer autant de poids qu’il y avait de pièces différentes, et ces poids se vendaient dans les boutiques comme choses de nécessité. Voici la note qui renferme ces curieux détails : J’achatte de Gamas le poys de demi-escus, l’un de soleil, l’austre (sic) de Roy.

POYSÇON: — Il l’écrit toujours ainsi, comme beaucoup d’autres mots plus rapprochés par là de leur étymologie. — Quant aux espèces de poissons, voir article Table.

POYSE. — Pour pèse: L’esseul poyse 69 libvres. — C’est conséquent avec le mot poids. Nous faisons juste le contraire, puisque très souvent on dit les pès et peser.

PRENDRE. — De ce verbe, d’où vient sans doute [PRINSE] , il fait le participe prins, prinse, et le parfait, ilz prindrent, ce qu’il étend aux composés de ce verbe : Symonnet fut reprins de mal. – La Harelle avoyt esté prinse; — ilz ne prindrent rien. Cette intercalation de la lettre N dans ces temps de verbe s’est maintenue jusqu’à nous, conforme d’ailleurs à l’étymologie.

PRESSOYER. — Pour pressoir, comme abbrevoyer, soyer, voyer, pour abreuvoir, soir, voir.

PRINSE.— Il emploie souvent ce mot pour désigner une pièce de terre, prinse-ès-Fouquetz, prinse-aulx-Advocatz, prinse-Berger. Je ne sais pourquoi ce mot. [voir PRENDRE]

PURER. — Lajoye revint tant moullé qu’il puroyt de toutes parts. — Très commun pour dégoutter. C’est de là sans doute que vient le mot de pureau, ardoise sur laquelle pure l’eau tombant de l’ardoise supérieure.

Q

QUAND ET MOY.— Je m’en allé à Vallongnes, Symonnet quand et moy. — Cantepye arriva céans, quand et moy. — Cette locution, encore très commune, se trouve, chez G. de G. à presque toutes ses notes. Ellipse, qui équivaut à avec, le plus souvent du moins.

QUATRIESMES.— Il alla au bannissement des quatriesmes. — Je ne rappellerais point ce mot, expliqué ailleurs, si on ne donnait encore, dans quelques paroisses de notre arrondissement·, le nom de quatriesmeux aux employés de la régie. C’est dire assez que cet impôt portait sur les boissons. Il s’affermait tous les ans, le 31 décembre.

QUENNE. — Je advise une quenne saulvage. — Voir au mot halebrens. — Ailleurs, il écrit cane, femelle du canard : Nous allasmes sur le pont de la grève, où fut mise une cane à l’eau et les barbetz.

QUOI. — Je prends une appellation de ce que le juge a quoy avoir déclaré. — Ce mot semble signifier ici a omis de dire. On entend souvent : Il est resté coi, pour ne savoir quoi répondre, quoi dire.

R

RABILLAGE, pour raccommodage, ce que l’on entend encore quelquefois : Pour le rabillage de 4 fers à charue que je luy doy. — Nous avons vu ailleurs les divers emplois qu’il fait du simple, abiller.

RACHASSER. — Ilz furent aulx champs ; mès la pluye les rachassa.Ra indique aussi ici retour chez eux.

RACONVYER, reconvyer. — Je le fus reconvier. — Il nous raconvya. — Ces deux mots se trouvent dans la même phrase. Les nuances.sont sensibles. Dans le premier, c’est convier celui qui s’en va chez lui ; dans le second, c’est convier celui qui y revient. Il est à remarquer que ces deux nuances se retrouvent dans nos reconduire et raconduire, qui se maintiennent en ce denier sens.

RACOUTRER, qu’il écrit aussi racoustrer, accoustrer. — Très commun chez lui et non rare encore, surtout en parlant de mauvaise toilette. G. de G. le met à toutes sauces : Je luy fys raccoustrer une lettre qui n’estoyt pas bien faicte. — J’envoye deux selles à raccoustrer.Accoustrer ung banquet. — Accoustrer Jehenne (qui va espouser), — Accoustrements (de matelot).

RAMES. — Le dymenche, jour des rames, je fus au service. Il dit ordinairement Pasques fleuryes. Rame était donc alors synonyme de rameau : Le dimanche des Rameaux.

RAMS. — Je vendi deux rams cornus, 42 solds 6 deniers. — Ram, en anglais, signifie, comme chez nous, bélier.

RASIBUT. — La quictance estoyt couppé tout rasibut du signe. — Tout contre. Ce mot subsiste ; mais on l’écrit rasibus.

RASIÈRE. —Je fys piller six-vingtz rasières de pommes. — Encore usité, pour une mesure de contenance fort variable. Ce n’est donc pas une mesure purement flamande, comme on a dit.

RÉ.— Nous tendismes ung saillant. — Il reporta la de la volée. — C’est pour retz. Ce qu’il y a de singulier, il le fait masculin d’abord, ensuite féminin.

RECONGNOISTRE, recongneu. — L’appoinctement faict à jour passé fut reconqneu. — Toujours pour reconnaître, ainsi que le simple.

RECOUSSE. — Ilz sont en différent pour une recousse de nampz. — Ce mot semble signifier reprise. Celui qui avait été saisi voulait sans doute reprendre ses nampz.

RECROC. — Je m’en allé disner chez Auvré au recroc des nopces Paquette Auvré. — Très commun, surtout pour le lendemain des fêtes patronales, non plus à l’église, mais au presbystère. L’anglais a conservé le verbe to recruit, se refaire, se rafraîchir. C’est, je crois, tout ce qu’il leur reste de la fête des Saints.

RECYPER. — Il ayda à récyper la racyne d’ung chesne, avec la sye. — Je ne peux rien préciser.

RELEVÉ.—J’envoye Symonnet au relevé. Il print deux lièvres. — Ce terme de chasse est bien expliqué dans la note suivante : Symonnet et Cantepye allèrent au relevé. Je leur dys d’aller par chez Th. Drouet pour avoyr ung chien qui treuve fort bien lièvre.

REMUE. — 1 sold pour un fer et 6 deniers pour la remue. — Pour deux remues et ung fer neuf à mon cheval, 2 solds. — Il fist remuer les fers de devant la haquenée. — Tout cela sans doute pour recouldre, comme il dit ailleurs, les fers ébranlés.

REMUER. — Il commença à remuer des choux. — Ce mot est resté en ce sens.

REPPEUE. — Pour la reppeue de mes chevaulx et le passage sur le Vay, 8 solds. — Il le dit aussi des hommes : Pour troys mesures d’avène à mes chevaulx et la reppeue de Varin, 2 solds.

REPRUSMES.— Il disnoyt o reprusmes.— Très usité, sans que je puisse le bien expliquer. Il suppose qu’on fait une action qu’on avait ou refusé, ou hésité à faire d’abord.

RESPONSE. — Je fys mouldre au moulin, en ma présence, deux boisseaulx de fourment, pour en voyer la response, pour ce que je me déffiés du monnier. Ce mot est très usité en ce sens, comme le verbe répondre : le blé ne répond pas cette année, pour ne donne pas autant qu’on l’espérait.

RET. — Ilz avoyent apporté du ret à faire des roez. — Pour rais, le rayon qui va du moyeu aux jantes. — Ailleurs, il dit : Il me promist venir demain, pour fère des raytz, pour des rouelles à charue.

REVESTIR.—Donner l’habit religieux : On debvoyt dymenche prochain revestir le frère de Mademoiselle Catherine Cabart, à l’abbaye de Lessé.—Ce revestu était un Dancel. Le simple, vesture signifie prise d’habit. Beaucoup de sermons du XVIIe siècle portent ce titre : Sermon de vesture de Mlle de La Vallière, par Bossuet.

RIGOLICE. — Il m’apporta du rigolice. — Nous disons de la rigolice.

RIMASSER. — Tout le jour, il ne cessa de plouviner et rimasser. — J’ai expliqué le premier que l’on prononce encore à la Hague, plouine. Le second a presque la même signification donnée par le mot anglais rime, brouillard humide qui se dissout en gouttelettes. Ce mot est perdu chez nous. Singulière idée d’appliquer le même mot à la poésie et aux brouillards !

ROBERGES. — Espèce de navire, dont le nom, à ce que l’on m’assure, subsiste encore à peu près, sur les bords de la Méditerranée, où l’on dit ramberges. Viendrait-il de l’anglais to rob, voler, pour désigner un navire corsaire? Toujours est-il que nous ne nous embarquasmes poinct, pour ce qu’il y avoyt des roberges d’Engleterre, devant Cherbourg.

ROEZ sustines.— Il écrit toujours roe pour roue; Il rechaussa des roez sustines.— Ce mot sustines qu’il y ajoute quelquefois, comme ici, indique sans doute que cette espèce de roues était destinée – surtout à soutenir ce qu’il appelle civière à rouelles, ou une charrue.[NOTA : Le Cacheux corrige sustines en fustines …]

RONETZ. — Ils m’ont desrobé les planches et ronetz des planchiers de ma maison (à Cherbourg). — On aura peut être l’explication de ce mot, dans la phrase suivante : Je trouve Th. Drouet qui refaisoyt l’astre de sa chambre, pour ce que le feu avoyt prins aulx ronetz et fillet, qui soutiennent l’astre de la chymenée. — Ailleurs, il dit : Ilz avoyent faict des chevrons, ronetz et une auge.— Je présume qu’il désigne par là ces petits bâtons que l’on entoure de foin mélangé à de la terre détrempée, et que l’on plaçait autrefois surtout sur les soliveaux, pour former le fond du plancher. Je crois qu’on appelait ces pièces rarement employées maintenant, des fillettes ou des poupées.

ROSEAU.— Je vendi ung roseau de bûche. — Roseau de pressoyer.—Voir article cidre pour le sens de ce mot. Il est encore usité pour une pièce du pressoir.

ROUAYSONS. — Ilz allèrent à la foyre des Rouaysons, à Montebourg. — Conservé, pour Rogations.

ROULLE. — Il nous monstra le roulle de la taille. — Pour rôle, qui est lui-même pour rouleau, parce qu’on roulait les papiers ou parchemins sur lesquels ces expéditions étaient écrites.

ROUYER. — Il vinst ung rouyer et troys aultres vindrent fère les gantes. — Il dit aussi royer : Couppé faisoyt des roelles à charue. Il besongna six journées de son mestier de royer. — On voit par tout cela que chaque pièce d’un ouvrage composé, avait alors un ouvrier spécial, et les choses ne pouvaient aller que mieux.

RUSSEAU. — Je le convie jusques passé le russeau du coing du clos. — Nous disons, nous, roussiau, rousset pour ruisseau.

S

SABMEDI. — SEPMAINE. — Toujours ainsi écrits.

SACHIERRE. — Deux gros sées et ung sachon furent racoustrés par ung sachierre. — Nous avons un peu modifié ce nom du faiseur ou du marchand de sas, sassière.

SAINT-MICHEL. — Qu’on prononçait sans doute comme aujourd’hui Saint-Michier, autant que je peux l’écrire. G. de G. écrit ailleurs Saint-Michel, ce qui semble prouver qu’il écrivait quelquefois comme on parlait, et que l’habitude lui faisait oublier l’orthographe.

SALETTE. — Pour petite salle : Nous disnasmes en la salette, d’ung sor mullet et d’ung heumar.

SAOULLER.— Il s’étoyt trop saoullé à soupper. — Gatteville estoyt bien saoul. — Inécrivable, à peu près saô, en une syllabe, mot aussi commun que la chose.

SAULSICHE. — Ma seur m’envoya ung hastelet et de la saulsiche. — Nous mangeasmes des saulsiches. — Conservé pour saucisses.

SCABEAULX. — Nous partageasmes les chères et les scabeaulx. — Pour escabeau. 1’e est venu presque naturellement se placer devant 1’s, qui était la première lettre du mot latin : Scabellum, Stella, etc.

SCEDULE. — Je prins chez Estienne Carré, 3 aulnes de drap, dont je luy baille scedule. — J’achatte de Mongardon du drap noyer pour 13 libvres dont je luy baille une cedule, et luy baille 107 solds, restantz d’une aultre (cédule), que je luy tiray. — C’est le synonyme d’obligation, mot qu’il emploie lui-même en ce sens et pour une chose semblable : Je fys à Benest (un autre marchand d’étoffes), une obligation de 14 libvres. — La cédule ou obligation se remettait au payement, au débiteur qui la déchirait : Je casse l’obligation que Benest avoyt de moy pour du veloux.

Cette façon de tenir sa comptabilité, qui dispensait de la nécessité d’un registre, ne suppose pas une grande confiance entre les acheteurs et les vendeurs.

SÉES. —■ J’achatte deux sées à couler le cydre. — Pour sas.Nous disons de même.

SEILLE.— Pour seigle : Je fys sier le seille du bout du clos. J’envoye Sanson à Trévières, pour achatter du seille d’yver.— Ailleurs il écrit seilgle : Il alla pour recouvrer du gleu de seilgle. Avec la manière dont nous prononçons encore beaucoup l mouillée, on s’explique fort bien ces deux orthographes, qui formaient presque le même son. — Seigle se rend en Anglais par le mot rye. Comme on le prononce, ne nous donnerait-il pas l’explication de cette coqueRYE qu’il semait dans ses champs, et sur laquelle je n’ai pu me renseigner? Le seigle a ses ergots comme le coq. La coqueraye serait donc la plante aux ergots, ou seigle. Pourquoi pas ?

SEILLES. — Il apporta deux seilles pour porter de l’eaue et deux seaulx pour tirer l’eaue du puys. — Il nous donne ainsi la différence qu’il met entre ces deux vases. Ce mot seille n’est plus en usage chez nous, mais il l’est beaucoup du côté de Coutances.

SEMAILLES. — Pour graines : Ung vendeur de semailles vinst céans. J’achatte de luy des semailles et du poyvre.

SENNER, pour hongrer.—Je fys senner 20 pourceaulx femelles, des levrettes et des espagneulles. — Il faisoyt mercher et senner les veaulx de ceste année. — J’ai dit ailleurs que ce mot était conservé dans l’italien.

SENTENCYER. — Pour rendre une sentence : Il sentencya qu’il payeroyt 6 escus.

SEPMAINE. — Toujours ainsi écrit.

SERCLER. — Je fys sercler les bleds. —Il écrit aussi souvent cercler : Je fys cercler sarrasin. — Ce que nous disons toujours pour sarcler.

SÉRÉE. — Pour soirée : Tout le reste de la sérèe, Symonnet ne daigna parler à moy. — Ce mot, resté très commun chez nous, était encore employé par les écrivains, en 1607. C’est le titre de l’ouvrage de G. Boucher, sieur de Brocourt : Les Sérées.

SERVITEURE. — Pour servante, qu’il n’emploie pas : Je donne à la nourrisse 3 solds. et à une aultre serviteure, 1 sold. — Guillemine, serviteure de mon cousin. — Il n’emploie jamais le mot domestique, en parlant des hommes, toujours serviteur, ou garsons, ou les gens de la famille.

SIC. — Nous partageasmes de la laine en sic, qui estoyt au grand guarnier. — Nous disons de la laine en si, jamais en suint.

SIETTES. — Je fys fère des scyseaulx et des siettes pour greffer. — Petite scie. Resté dans l’usage.

SIEUL. — Pour seuil. — Je fys relever le sieul de l’huys, assys trop bas. — Nous disons le su.

SINET. — Nous trouvasmes le sinet de nostre oncle, pesant 6 escus. — Nous ne le disons plus que pour signet, et non pour un cachet.

SOLETTES. — Autre diminutif de sole : Il apporta deux congres et 4 solettes. — Le platin, dont j’ai parlé à sa lettre, est encore usité dans la Hague pour désigner de petites plies qui ont chez nous aussi un diminutif ‘ que n’a pas G. de G., des cliquettes. Si nos marchés n’ont plus ces deux mots solettes et platin, ils ont bien la chose, rien de plus.

SOLICITER.— Pour marquer de la sollicitude, donner des soins : Les voysins ne leur osoyent fère plaisir, ny les soliciter.

SOUBZ. — Pour mineur : Je conte à Hubert, pour les arrérages que je doy de rente au soubz de feu Jéhan Marye. — Et un peu plus bas, il ajoute : Hubert ayant espousé la seur dudict soubz, il est tuteur du soubz dudict Marye. — Le tuteur des soubz du feu sieur de Conteville. — Il joint une fois à cette préposition le mot âge : Les enfants soubz-âges de feu Feullye.

SOUBZCHEVRONS. — Je fys doler ung chesne, pour fère deux soubschcvrons. — C’est, je crois, ce que nous appelons les fermes.

SOULOYT. Nous allasmes jusques au val de Grandval, où souloyt estre le vieux manoyr. — Ce mot, du latin solebat, se dit encore.

SOUPPÉE. — Je debvoys pour la souppée de mes chevaulx et de Cantepye et Lajoye, 13 solds.— On dirait qu’il met tous ces convives à la même table. Il leur paye le lendemain les deux repas, dîner et souper : Je debvoys la souppée de mes chevaulx et la disnée du jourd’hui.

SOLDART. — Je trouve ung soldart du fort. — Il écrit plus ordinairement soldat. La terminaison du premier s’est conservée, on ne sait pourquoi, dans soudart.

SOURDIR. — Ung propos sourdit touchant ung hastelet. — Il se sourdit ung orage, qui dura bien troys heures. — C’est pour s’éleva. Il emploie un de ses dérivés, essoudre, dans le sens de lever : Je fys essoudre le trémoys.

STERSES. — Je donne une payre de sterses à accoustrer de cuyr doré. — Je ne sais. Des brosses? Du latin tergere, tersum ?

SUBHASTE. — Il fut (eut lieu) ce jour la subhaste de deux jumentz, lesquelles avoyent esté arrestées entre les mains d’un larron. — Les Anglais ont le mot de subhastation, encan. C’est le latin sub hasta vendere.

SUMER. — Il fut quérir des poys, pour sumer. — Très commun.

SURCOUER. — Leclerc debvoyt surcouer mon petit cheval. — Couper la queue d’une certaine façon. Ce mot est encore usité.

SURET. — Je couppe les suretz, pour y greffer. — Ilz arrachoyent des suretz. — C’est le nom que l’on donne aux jeunes pommiers obtenus de pépins.

SURGUETTES. — Il faisoyt des surguettes pour prendre des mullotz. — Conservé. On dit aussi souvent un quatre-en-chiffre.

SUYVIR. — Son cheval ne pouvoyt suyvir le mien. — Et son composé : Elle voulloyt le poursuyvir, pour avoyr pension de vivre.

T

TABOURINS. — Tout le peuple estoyt fort esmeu; les tabourins sonnoyent.— Sans ce sonnoyent, j’aurais cru des tambours.

TAFFETTE. — Pour de la taffette, 12 solds. — Je fys taffetter la loge du planistre de Sère. — On dit taffest, de cette pièce de terre cuite qui couronne l’arête du faîte.

TAILLE. — Il avoyt apporté cest esté 50 boisseaulx de fourment qui n’estoyent poinct taillés (marqués sur la taille). Nous les mismes en la taille du moulin. — Je ne cite ce mot, resté français, que comme un indice de l’antique usage de cette manière de marquer la recette et la dette.

TAQUETÉE. — Pour tachetée. — Les chiens chargèrent une laye taquetêe. — Très commun, comme taque, pour tache.

TAYE. — Ung sachierre passa. — J’achatte ung sées de luy. Il ne bailla que la taye. — C’est sans doute ce tissus de crin, qui forme le fond du sas.

TENNER. — Toujours pour tanner. Ils apportèrent le cuyr d’une jument à tanner, d’où il dit : Nous allasmes quérir Th. Drouet à sa tennerye. — Du tanné, pour étoffe couleur de tan.

TERREYS. — Il prenoyt du terreys au chemin qui passe devant sa grange. — C’est pour terreau ou terres pourries, dont il parle souvent.

TÉTEREAULX. — On avoyt desrobé ung des tétereaulx de la vache courte. — C’est le nom qu’il donne aux jeunes veaux qui tètent encore leur mère.

TEURTIST. — Th. Drouet faisait un mur. Je le fys recommencer à ung aultre endroyct, plus vers le chemin, pour qu’il ne teurtist pas. — C’est de là sans doute qu’on dit encore teurs pour tors, tordu.

TILLAC. — Je cite ce mot pour indiquer les diverses espèces de clous, dont il faisait usage : Il apporta du clou à latte, du clou à tillac et demy-tillac. — Ailleurs, il parle de clous à trillys. — On en faisait au bois de Bideroe, où il en achète souvent.

TOQUESAINT.— Pour tocsin, par corruption : Je m’en allé à l’église sonner le toque saint (à l’occasion d’un incendie).— Ce mot, tel que l’écrit G. de G., signifie toquer frapper, le sainct la cloche. J’ai lu, dans plusieurs actes de fondations, ce mot sainctz ou sains, employé en ce sens.

TORCHET. — Au baptême du filz du sieur de Cresney, dont il était le parrain, il dit : Je mys au torchet ung teston. — C’est sans doute la pièce d’étoffe, qui enveloppait l’enfant, pour le torcher.

TORQUETEVILLE. ~ Il dit toujours ainsi pour nos deux Teurthéville. Le Livre noir écrit pour Teurthévillc-en-Bocage, Tortevilla, et pour Teurthéville-Hague, Torquetevilla, orthographe adoptée par G. de G.

TOURMENTER. — Il ne cessa de plouvoyr, venter et tourmenter. — Nous n’avons conservé que le dérivé tourmente.

TOURNIER.— Nous fusmes tournier jusques à soleil couché. — Je fus tournier aulx Prinses-ès-Advocatz. — Ce mot resté très commun donne encore tournieux, en mauvaise part, pour gens qui vont ça et là sans but.

TOUROULZ et serreures des portes. — Rien au texte qui explique ce mot, cité seulement à l’occasion du payement.

TOURTELLES. — Deux tourtelles pour fère le pain bénist. — Diminutif de tourte, gros pain de 12 libvres.

TOUSER. — Ce mot explique le [TOUSSERANSSES], femmes qui tousent les moutons. — Je fys commencer à touser les moutons. — Ce verbe est exclusivement employé au lieu de tondre. On le dit même des hommes. To touse, conservé en anglais, mais un peu différent. Ce mot était ici l’effroi des femmes, durant la Révolution, [étym. du mot anglais associée maintenant à l’allemand]

TOUSSERANSSES. — Dès le matin, les tousseransses revindrent. — Ailleurs, il-dit tousseresses.

TRAINE. — Ilz attraînèrent des chuquetz sur la traîne à quatre boeufs. — C’était une sorte de voiture sans roues. Elle se distinguait ainsi par là du chartil, qui n’avait, comme elle, qu’un fond sans côtés.

TRAMAULX. — Sorte de filet. — L’anglais a conservé le mot primitif tramel, qui donne le pluriel régulier tramaux. Ilz furent a la mer tirer les trameaulx. — Ce qui prouve que ce n’était point un filet pour le poisson de rivière seulement.

TRANS. — Je les trouve dedens le trans de Grand-Camp. — Chemin de traverse.

TREF. —- Je fys abbattre ung ourme, pour fère ung tref à Testable. — Ilz besongnèrent tout le jour à doler les deux trèfles, qu’on debvoit porter à Gouberville. — Nous allasmes deviser comme il falloyt estançonner le tref de dessus la salle de la maison. — C’est évidemment une pièce de charpente, affectant sans doute la forme du trèfle (que nous prononçons trèfe): mais laquelle?

. TRÉSAULZ. — Nous allasmes à la Briayre-Paris, tirer au blanc, à des tréseaulx. — En préférant le singulier .de ce nom, nous disons trêsetz, pour un certain nombre de gerbes, treize sans doute d’abord, plantées les unes contre les autres, en forme de pile. Le blanc était probablement attaché sur la 13e gerbe, qui couronnait le tout.

TREUVER. — Pour trouver : Ung chien qui treuve fort bien lièvre. — La Fontaine a ce mot qu’il emploie assez souvent, entre autres exemples, ces vers :

Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve
Dans tout cet univers, et l’aller parcourant,

Dans les citrouilles, je la treuve.

TRILLYS. — Je fys fère des trillys aulx guarniers de céans. — C’est pour treillys, auquel on donne ordinairement le sens de cloison.

TRONCHONS. — Ung harnoys chargé de 7 tronchons d’ourme. — Il dit aussi : Mes sieurs misrent en astellier une grosse tronche de fau.— Il a enfin le verbe : Ilz tronchonnoyent ung arbre.— On prononce ainsi pour tronçon.

TROU. — Pour trouve : Je trou ung pourceau. — Je troue Sanson et Thoysnet. — On le dit encore fréquemment.

TRUBLE. — Le serrurier apporta ung truble de Bayeulx. — C’est le nom vulgaire d’une sorte de bêche, moitié bois, moitié fer. Je n’ai entendu ce mot et vu l’instrument que dans notre pays. — Ailleurs il dit encore : Je fys fère une petite hache et ung truble.

TROYTTES. — Il peschoyt des troyttes. — Les garçons allèrent aux trouettes. — C’est ce dernier mot qui nous est le plus affectionné.

U

UNDAINS. — Je fys venir deux faulcheurs, qui heurent 2 solds pour quatre undains, le travers du pray. — Je présume qu’il donne le nom undain (onde), à un rang de foin coupé d’un coup de faucille.

UNG, UNES. — L’emploi de ce mot est assez remarquable. Devant un nom masculin singulier, G. de G. écrit toujours ung : II apporta ung autour, ung levrault. ung pasté. — Joint au nom d’un objet composé de deux parties, il devient pluriel, comme synonyme d’une paire : Ils me faisoyent unes chausses, unes hottes, ungs souliers. — Il dit aussi : Il m’apporta unes lettres de son maistre. — Mais ce dernier exemple tient à autre chose : c’est un latinisme, sans l’idée de couple, comme dans les autres exemples.

USSERYE. — Il besongna tout le jour à reffère une usserye, derrière l’huys de l’hostel Barrier. — Doysnard, qui refaisait cette usserye, était un simple manœuvre que G. de G·, employait souvent à abattre des arbres, les scier, les mettre en fagots. L’usserye suppose donc un grossier travail. C’est tout ce que j’en sais.

V

VAR. — Je fys tuer ung mouton, qui estoyt var.

VARET. — Il ostoyt des amouroques du varet du Clos-Neuf. — Je fys hercer du varet à la Haulte-Vente. — Chez lui, ce mot et varet sont synonymes. Au 7 mai 1558, il dit : Les serviteurs relevèrent du varet la Haulte-Vente, — et le 9 suivant, il note : On releva du garet à la Haulte-Vente.— On dit encore varretter.

VASIÈRES. — Voir articles Table, Oiseaux.

VÉ. — Je fys parer le byeu d’empuys le vé, jusques sous la roe du moulin, par plusieurs des hommes de Gouberville.—Le byeu, qui n’est pas sans analogie avec boel (boyeau), cité à sa lettre, est le canal qui conduit l’eau de l’étang jusqu’aux roues du moulin, dessus ou dessous. Celui de G. de G. devait être considérable, puisqu’il emploie plusieurs hommes à le paver. Mais que désigne- t-il par ce mot vé, sinon le réservoir où il s’alimentait, l’étang lui- même ? Ne viendrait-il point de vadum, que G. de G. traduit de diverses façons, les veys, le petit-gay, le grand-gay et les vaydz ?

VÊCHE. — Je fys gerber et charier de la vêche. — Nous disons de même pour vesce.

VELOUX. — Qu’il écrit aussi velous, pour velours : Ung bonnet de veloux. — Il alla chez Benest pour avoyr du velous. — J’ai entendu comparer des fleurs à de la velouce.

VENAYER. — Je fys venayer ung vêrot et tuer par Grigars. Ouvrir les veines, ce que l’on faisait encore assez dernièrement pour les veaux, avant de les tuer, pour que la viande fût plus blanche. Affreux !

VENDUE. — Pour vente à l’encan : J’envoye Chariot mener à la vendue une vache contrainte sur Fontayne.— Il faisoyt fère certaines vendues par le sergent. — C’est encore le seul mot admis pour ces sortes de ventes.

VENNER. — Toujours pour vanner : Ilz vennèrent et criblèrent. — Je fys venner du chenevyeulx.

VÉRINS. — Il portoyt ung calquin de vérins. — C’est, je crois, ce que nous appelons des verlins on vignots, petit coquillage en forme de limaçon.

VEROT, qu’on vient de lire, était sans doute un jeune verrat.

VÊTEMENTS. — Leurs espèces et ce qui s’y rattache.— Voir au texte.

VEUE. — Mon oncle estoyt à Bayeulx contre Néville. Il nous dist qu’il avoyt une veue contre luy. — G. de G. dit un peu plus loin qu’il envoya à son oncle ung chevreau et ung levrault, pour dymenche 25 (jour fixé pour la veue), pour ce qu’il doybt avoyr une veue contre ledict sieur. — Il semble qu’il s’agit là d’une entrevue judiciaire, puisqu’elle est le résultat d’un jugement du tribunal.

VEYE. — Je luy dys qu’il me fist veye. — Pour passage. On dit journellement : Tire de ma veye.

VIEL. — Pour vieux et jamais autrement : Je luy baille ung flascon de viel cydre.

VILLE du Mesnil. — Il est remarquable qu’il donne le nom de ville à la petite paroisse du Mcsnil-auVal : Maistre Jéhan Potet fut à la messe en ceste ville que j’amène à disner.—Ce qu’il répète souvent. C’est une preuve que le sens primitif, villa, subsistait encore.

VIELLOTTE. — Je fys mettre du fain en petite viellotte (en monceaux présentant assez bien la forme d’une ruche). Nous disons vullette, l mouillée.

VIMBLETZ.— Nous fusmes chez Pottier fère fère des vimbletz.

Conservé pour une sorte de vrille, de forme particulière.

VIMBREQUINS. — J’achatte des vimbrequins d’un quincailler. — Pour vilebrequin.

VINDRENT. — Ilz vindrent céans. — Toujours ainsi, comme dans ses composés : Ilz révindrent, etc.

VOLER. — Nous fusmes voler de l’austour. — Prendre des oiseaux au vol, en se servant d’un autour, dressé pour cette chasse. — Il le dit d’une manière absolue : M. l’Official de Vallongnes alloyt voler. — M. de la Suze alloyt voler.

VOLLÉE. — Nous estyons à Cyffrevast, avant qu’on tendist la voilée. — C’est par une extension métonymique qu’il parle ainsi pour tendre un filet qui devait arrêter les oiseaux dans leur volée. C’est ce qu’indique la phrase suivante : Il reporta la (filet) de la volée. Cette chasse, dont il parle fort souvent, se faisait le soir, où il était facile d’expédier les oiseaux sur la ré : Les garsons estoyent au soyer à la volée du Grand-Jardin. — N’est-ce point ce que l’on appelle maintenant le bouleau ?

VOLLERYE. — Je trouve devant l’huys Auvrey les jeunes gens de ceste paroisse, qui s’esbatoyent à une volerye, qui est là dressée. — Tous ces mots ont des rapports entre eux. Voir du reste article Jeux.

VOYER. — Il alloyt voyer sa fiancée. — Il dit toujours ainsi pour voir. C’est sans doute cette vieille forme de ce verbe qui a donné le participe voyant.

VOYRRERYE. — Qu’il écrit une ou deux fois verrerye, lieu où 1 on fabrique le verre : Je m’en. allé à la voyrrerye à Bris. Ce mot lui en donne plusieurs : les voyerriers : Il fut à Saulsemesnil porter de la terre des voyerriers.Voyerre :Nous rapportasmes des alambys de voyerre. — Il m’envoya deux voyrres de gelée. — Il beut ung voyre de vin. — On voit que la même orthographe se reproduisait pour le lieu, la matière, l’ouvrier et le produit. Je crois la prononciation qu’elle suppose oubliée maintenant. J’ai toutefois souvenance d’avoir entendu dans mon enfance dire en riant : Il a bu dans un beau voir d’ivoire. Ce devait être un souvenir.

VOLLEMENTZ. — Pour vols. Les Le Parmentier condamnés pour larcins, pilleryes et vollementz.

VREC. —Pour varec : On sia le vrec à Tourlaville.—Conservé.

VUYDER. — Je fys vuyder l’estable. — Outre cette signification de vider, G. de G. lui donne encore celle de terminer, et celle de terminaison à son dérivé vuyde : Le rapporteur de mon procès me dist qu’il nous vuyderoyt mercredi. — Je. donne deux escus aulx advocatz qui ont vacqué à la vuyde de mon procès.

Y

YMAGINIER. — Vinst céans ung ymaginier qui besongne à Cherbourg. — Cet ymaginier, qui besognait à Cherbourg, devient pour nous une preuve de l’existence à cette époque de ce genre d’industrie dans le pays.

YSTRE. — J’envoye à Quetehou quérir des ystres. — Des diverses formes que G. de G. donne à ce mot (voir oystres), c’est celle qui s’est le mieux conservée jusqu’à nous.

YVROGNER. — Ilz avoyent yvrogné toute la nuyet. — Pour boire jusqu’à l’ivresse.

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