Gilles de Gouberville

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Le Mommon

Le Mommon [MOMON] dans le Journal de Gilles de Gouberville

Dans le Journal, Gilles rapporte plusieurs reprises, une pratique qui nous paraît aujourd’hui curieuse : porter un mommon (aujourd’hui orthographié momon).

Etymologiquement le mot momon vient de l’ancien français momer, mommer : se masquer, faire des mascarades, sens attesté au XIIIe siècle. Ce mot est probablement d’origine onomatopique, en raison des sons sourds et déformés que faisaient entendre les personnages masqués (ATILF/CNRS). Il en existe plusieurs définitions.


Dans
le Trésor de la Langue Française (ATILF/CNRS) : le momon est, pendant les fêtes du carnaval, [une] mascarade, [une] momerie excutée par des danseurs masqués. Par mtonymie : bateleur, danseur masqué. [Autre sens] : jeu de dés, argent joué aux dés, sans parler, par des porteurs de masques. .

Eugène de Robillard de Beaurepaire, dans son article : Etude sur la vie rurale en Normandie au XVIme siècle (Introduction l’édition du Journal, M.S.A.N., 1892), il définit le momon comme un objet dont la véritable nature est dissimulée sous des linges et qui était porté solennellement dans diverses maisons où il s’agissait de le deviner. C’est le maître du logis qui était tenu généralement de trouver le mot de l’énigme ou de donner un gage ou une somme d’argent. Bien entendu il devinait fort rarement et payait presque toujours. Le momon se portait dans diverses circonstances et aussi, presque toujours, le mardi-gras. Il servait invariablement de prétexte à de copieuses libations. .

Quant à Sir James George Frazer, dans son ouvrage the Golden Bough (le Rameau d’or)*, il pense que le mumming (porter un momon) trouve son origine dans le culte des arbres des peuples qui habitaient jadis les grandes régions forestières de l’Europe. Cette pratique impliquait généralement un groupe de participants portant des masques (quelquefois en paille) et des vêtements ornés de rubans ou de haillons ; ils se rendaient dans le voisinage en une sorte de procession, en chantant des chansons et en transportant des branches de verdure.


*
The Golden Bough (1890) de J. Frazer est une oeuvre unique en anthropologie dans laquelle l’auteur essaie de donner une description exhaustive de la magie, des religions, des cultes et des folklores. A noter qu’en Angleterre les mummers étaient des troupes d’acteurs itinrantes qui jouaient des Miracles et à Pâques, la Passion du Christ.

Voici les cinq occurrences de l’expression porter un mommon dans le Journal. :

  1. Les raisons de celui du 9 décembre 1551 ne sont pas trés claires : Cantepie et ses amis vont le porter chez quelqu’un qui vient de gagner une révérence (choisi pour l’attribution du bénéfice ?) :
    Apprès soupper Cantepye, Dabillon et le jeune Essartz allèrent chez Nol le Bourg porter ung mommon Quetot qui avoyt se jourd’huy gaigne la révérence du bénéfice de Montagu contre Frican.
  2. 4 dcembre 1553 : le mommon est porté par une joyeuse compagnie. Cantepie et Symonnet reviennent d’un mariage et vont le porter chez quelqu’un qui revient d’un autre mariage :
    Viron IX heures, je retourné disner chez Férret avec la compagne d’hier. Apprès avoir disné et dans, je donné V s. au cuysinier qui avoyt accoustré le banquet. Il estoyt pres de quattre heures quand nous partismes, Cantepye et Symonnet estoyent avecques moy. Appres soupper, ilz furent porter ung mommon chez Auvré au cappitaine du Teil et aultres, qui estoyent revenus de nopces de Pasquette Auvré chez Roumy, a Sct-Martin-le-Pauvre.
  3. Le mommon du 25 janvier 1553 est conscutif à une fête de relevailles. Tous les participants sont ivres :
    Apprès soupper Cantepye, Symonnet, Jehan Douart (.) allèrent [aux relevailles de la femme de Thomas Drouet] porter un mommon et y furent jusques à mynuyct. Maistre Franois s’y coiffa si bien qu’il estoyt tout de fange quand ils revindrent. Franois Drouet et Jehan Douart le couchèrent en son lict. Gaultier Birette y avoyt soupp, qui en revinst bon compagnon. Jehan Groult, filz Richard, y demeura por ce qu’il avoyt tant beu, qu’il ne pouvoyt ny parler, ni cheminer.
  4. Le jour de mardi gras 1553 va tre très chargé puisque la releve (l’aprs-midi), six compres, dont Cantepie vont porter ung mommon
    (.) chez Les Essartz Sct-Gabriel, chez Cabart à Digoville et au manoir dudit lieu o les Bons Hommes [ ?] sont fermiers ; il estoyt quasy mynuyct quand ilz en revindrent. (6 fvrier 1553 )
  5. Quant à celui du 18 février 1560 , jour de mardi gras, il est le seul pour lequel Gilles mentionne un enjeu :
    Le mardi gras (…). Apprès que fusmes là arrivés [ Sorteval], y vindrent le Sr de Couvert et sa femme, mademoyselle de Lamberville et sa seur et plusieurs aultres personnes que je congnoys, (.), tous lesquelz dessusd. apportrent un mousmon qu’ilz gagnrent contre mon frère.

La pratique du momon semble avoir perduré puisque Molière, dans Le Bourgeois gentilhomme, fait dire madame Jourdain : ah! Mon Dieu! Miséricorde! Qu’est-ce donc que cela ? Quelle figure ! Est-ce un mommon que vous allez porter, et est-il temps d’aller en masque ? (V,1).

Jacqueline Vastel
Avec l’aide de Jocelyne Leparmentier, Maria Hennequin et Alexandra Sinclair


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