Gilles de Gouberville

Accueil » Les distractions » Le théâtre

Le théâtre

Gilles de Gouberville et le théâtre du XVIe siècle en Cotentin

Encouragés par le roi François I er , Pierre de Ronsard et sept autres poètes décident de former un groupe qu’ils baptisent la Pléiade. Leur propos est de transformer profondément la langue, la littérature et le théâtre. Ils prônent l’abandon des structures et des thèmes de la période médiévale, cherchant les moyens d’enrichir la langue française qu’ils estiment mal adaptée à la poésie.
L’un des membres de la Pléiade , Joachim du Bellay, propose ainsi, dans la
Défense et illustration de la langue française (1549), la création de néologismes à partir de mots grecs ou latins, la renaissance de mots oubliés, les emprunts aux langues régionales et conseille aux dramaturges de s’inspirer de l’univers du théâtre antique dont les thématiques dépassent le cadre exclusivement religieux des Miracles et des Mystères .

Ce renouveau du théâtre commence évidemment à Paris et dans les lieux de villégiature de la cour, dont Blois où Gilles de Gouberville se rend au début de l’année 1556 pour tenter (en vain) d’obtenir du roi, le titre de maître des eaux et forêts. C’est là qu’il assiste à la représentation d’une comédie «  en prose françoise  » :

> Je fus dempuys une heure jusques à cinq voyer une comédie qu’on joua en prose françoyse, devant le Roy et les princes et princesses, en l’abbaye de Sct-Gomer . (12 février)

Gilles ne dit pas ce qu’il en pense. D’ailleurs, il ne semble pas être amateur de théâtre. Cette «  comédie  » est probablement la seule représentation à laquelle il ait jamais assisté.

Le nouveau théâtre ne va pas atteindre la province au temps de Gouberville.
Les pièces de théâtre dont Gilles rapporte la représentation à Cherbourg, Valognes ou dans des églises proches du Mesnil, sont toutes de tradition médiévale, pour la plupart à caractère religieux à l’exception de la « 
farce  » jouée lors d’un mariage par des amateurs :
> Chandeleur avoyt passé au matin par ycy . ; il me dist qu’il avoyt ung personnage de la farce qu’on debvoyt jouer dymenche aulx noces de André Rouxel et de la fille Jehan Liot.
(24 septembre 1551)

 Les moralités
Gilles rapporte la représentation de trois moralités – pièces à but édifiant -, au moment de Noël : en 1552 (le Theil), en 1553 et 1554 (Digosville). Ainsi le 24 décembre 1553 :
> Sur les dix heures du soyer, Cantepye . et aultres de céans s’en allèrent à mattines en ceste parroisse [Le Mesnil] , et de là à la messe à Digoville, por voyer ceulx qui jouèrent une moralité à la fin de la messe ; ilz en revindrent viron une heure avant jor . .

Les acteurs semblent être des gens de la paroisse : le matin de Noël 1552, on rapporte à Gilles « un bonnet et une soye veloux » qu’il a prêtés « au cappitaine du Teil pour jouer à leur messe de my nuyct  ».

Les Miracles et les Jeux
Les Miracles sont des drames religieux dont le sujet est met en scène des événements édifiants ou la vie de saints, de personnages historiques à montrer en exemple.
Quant au
Jeu , il s’agit de la forme la plus ancienne de pièces de théâtre religieux médiéval ; son thème est le plus souvent, biblique. Au fil du temps, le «  jeu  » va signifier pièce à sujet religieux, quel que soit son thème : exemplaire comme ceux des Miracles ou biblique comme celui des (longs) Mystères .
En 1551 et en 1559, Gilles mentionne la représentation de
Miracles , à Cherbourg (deux, voire trois dimanches consécutifs) et à Valognes (deux fois). S’agit-il de pièces jouées plusieurs fois ou en plusieurs fois ou s’agit-il d’ouvres différentes ? Impossible à dire.

Théâtre à Cherbourg en 1551
Dimanche 7 juin : Cantepie assiste à «  des jeuz  » :
> Dès le matin Cantepye alla à Cherebourg voyez les jeuz qu’on y faisoyt des douze filz de Jacob, il en revinst sur les six heures . (7 juin 1551)

Le 14 juin, un «  Miracle  » est représenté :
>
Je ne bouge de céans, la Harelle et son filz Robert furent au Miracle à Cherebourg, Thomas Drouet et sa femme et Pasquet, ils en revindrent entre six et sept. (14 juin 1551)

Le 21 juin La Harelle retourne au spectacle : elle va «  au Miracle  » avec d’autres personnes dont sa fille. La même pièce a-t-elle été jouée trois dimanches consécutifs ? Encore une fois, impossible de le dire.

Quant à la «  follye  » du 7 août 1560, il s’agit probablement d’un qualificatif donné par Gilles :
> La relevée, Clément Querqueville, de Cherebourg, revenant de Vallongnes, passa par céans. Il portoyt ung masque de diable, pour ceulx de Cherebourg qui doybvent jouer je ne sçay quelle follye.

Cette «  follye  » est peut être en rapport avec les «  jeux  » de Cherbourg du dimanche suivant (15 août) : il était permis aux «  interprètes des diableries [partie des «  jeux  »] de courir par la ville et les villages environnants dans leur costume de scène  » (M. Bakhtine).

Etant donné la date, il s’agit sans doute du spectacle joué au moment de la fête de «  Notre dame montée   » qui avait lieu à Cherbourg, dans l’église de la Trinité , le jour de l’Assomption.

Jacqueline Vastel 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :