Gilles de Gouberville

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Qui était il ?

Nous vous proposons plusieurs articles sous cette rubrique, que vous trouverez dans le sommaire.
Mais commençons par Gilles lui-même:

 

Sa Vie

Gilles Picot, seigneur de Gouberville et du Mesnil-au-Val dans le Cotentin puis en 1560 de Russy, est, de nos jours, célèbre par son Journal ou Livre de raison dont on ne possède malheureusement qu’une partie (1549-1562) qui compte néanmoins 41 000 lignes ; les deux tiers sans doute de l’ensemble du témoignage sont apparemment perdus à tout jamais.  Il naquit en 1521 et décéda le  7 Mars 1578.

Si le  » je  » est omniprésent dans le livre de raison de Gilles de Gouberville, le  » moi  » en est totalement absent. Pour connaître l’homme,  » Il ne faut pas compter sur lui-même mais sur tout ce que trahit de lui l’écriture innocente du Journal «  (1) dans lequel il rapporte avec une extrême minutie tous les aspects de sa vie de gentilhomme terrien : ce qu’il se contente d’ordonner, culture et élevage, faisant confiance à ses gens ; ce qu’il surveille de près quand cela requiert une compétence technique, ainsi la maçonnerie ; ce dont il s’occupe lui-même, comme du soin des pépinières, .

En plus du soin sans relâche qu’il accorde à ses affaires, des plaisirs qu’il s’offre tels la chasse, il exerce, héritée de son père, la charge exigeante de lieutenant des Eaux et Forêts : » surveillance des bois, de l’abattage des futaies, des charrois de troncs sur les chemins, de la distribution du bois de chauffage, poursuite de ceux qui commettent des déprédations  » (1). Il tentera – en vain – de faire transformer sa charge en celle de maître des Eaux et Forêts en 1556, en se rendant à Blois auprès du roi Henri II.


Bien que dans le Journal il dise fréquemment : 
 » je ne bouge de céans « . Gilles se déplace beaucoup (plus de 2 500 km à cheval, par an) pour ses affaires et ses procès – nombreux en raison de sa nature très procédurière – qui le conduisent souvent à Valognes ou à Rouen.

Avare de confidences, il parle fort peu de ses sentiments. On peut discerner l’image d’un homme épris d’indépendance ; célibataire endurci, il est de moeurs assez libres selon l’usage du temps et l’exemple de son père Guillaume. Il a cinq filles illégitimes mais veille à leur établissement ; tient en grande affection son demi-frère Symonnet ; est pour sa soeur et son beau-frère un parent affectueux. Maître juste, il a la main leste ; très attaché à ses intérêts, il sait se montrer convivial voire généreux avec les visiteurs. Contraste fréquent chez les hommes de cette époque violente.

Sans être un  » humaniste « , il fait montre d’une culture supérieure à la moyenne des petits seigneurs ruraux du temps ; amateur de romans de chevalerie, il parle de Rabelais avec le curé de Cherbourg. Avant les guerres de religion, il s’intéresse même aux prêches des premiers ministres réformés. Mais dans son Livre de raison, aucun souci de la forme. Il n’écrit pas pour être lu. Son écriture est répétitive, parfois obscure, au ras du sol.

On doit donc savoir gré aux  » intercesseurs  » – au XIXe siècle, l’abbé Tollemer et Eugène Robillard de Beaurepaire et bien plus près de nous, Emmanuel Le Roy Ladurie et Madeleine Foisil – qui nous guident dans la lecture de cette chronique de  » l’histoire immobile « .

Guy Nondier

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