Gilles de Gouberville

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Gilles et la Réforme

On sait que Gilles de Gouberville ne tenait pas un Journal, au sens moderne du terme mais un « livre de raison », ses Mises et receptes . Qu’il ne s’en soit pas seulement tenu à ses comptes constitue la plus heureuse des infidélités puisque nous avons ainsi un document unique sur la vie et les activités d’un gentilhomme campagnard du xvi e siècle. Mais nous devons nous résigner à son extrême discrétion touchant ses états d’âme. Par surcroît d’infortune, on a perdu ce qu’il a pu écrire après 1562, pendant les seize années qui lui restaient à vivre.

C’est le 27 avril 1562 qu’il parle pour la première fois de « huguenots », terme forgé à Genève vers 1550 [probablement de l’allemand eidgenossen (confédérés), mais certains en discutent]. Il entend dire que, réunis dans les bois, ces tenants de la nouvelle religion menacent l’abbaye de Cherbourg  » sot bruit !  » pense-t-il. C’est peu de temps après le massacre de Wassy qui, le 1 er mars avait donné le signal de la guerre civile.

Les premiers réformateurs dénonçaient les abus commis dans le monde ecclésiastique. Il ne semble guère que ce fut pour des raisons morales que Gilles se soit intéressé à leur profession de foi. N’avoue-t-il pas avec une candeur désarmante, qu’il s’assura les bénéfices des cures de Gouberville et de Menesqueville, dont son oncle Jehan, sieur et curé de Russy, était titulaire, grâce à un prête-nom et un faux en écriture (cf 1 er et 8 octobre 1560). Il est cependant certain qu’il eut plus que de la curiosité à l’égard des nouvelles doctrines, sinon pour les écrits qu’il n’a jamais cités, du moins pour les paroles prononcées en chaire. Ainsi le 17 mai 1562, il assista à Bayeux au « sermon du sr de Villez, ministre, qui se fist au temple de Sct-Malo « , à un autre prêche, le soir même, à Etrehan, le lendemain à un troisième du « sr Desmolins », cette fois à Carentan. Or le 17, c’était la Pentecôte, fête d’obligation pour les catholiques, point question de messe dans les Mises et receptes de Gilles !

Il avait vu le 15 mai  » les ruines et fragmens (.) des ymages et autels  » de la Cathédrale que l’on avait saccagée sous prétexte de combattre l’idolâtrie. Aucun commentaire de sa part !

Le 8 juin, le Journal nous apprend que la veille, six réformés, pour la plupart, des notables bien connus de Gilles furent massacrés et leurs cadavres, outragés par la populace de Valognes. La violence se déchaîne: le 18 juin, ce sont des furieux de l’autre bord qui mirent à mal l’église paroissiale, toujours à Valognes, ainsi le couvent des Cordeliers où un religieux fut tué pour avoir voulu sauver les  » saintes espèces « . Curieusement, Gilles n’en dit mot. Il fait en général silence sur les controverses religieuses. Une exception cependant ! A un habitant de Bayeux qui, provocation ou plaisanterie, proposait que l’on fît  » un Dieu tout nouveau qui ne serait ne papiste ne huguenot », il répondit solennellement, en un latin a peu près correct :  » Unus est Deus ab eterno et ertenus », ce qui n’est guère compromettant ; catholiques et réformés étant bien d’accord sur la foi en un Dieu éternel, révélé à Abraham ! (4 août 1562).

Le 31 octobre, procédant à l’adjudication des glands et des faines du domaine royal à Valognes, Gilles fut violemment querellé par un certain Lejuez qui l’accusa, contre toute évidence, d’avoir pris part  » au ravagement et saccagement des maisons et église de cette ville « . On ne voit pas qu’il ait obtenu réparation de ces injures. Mal vu de Matignon, le gouverneur de Cherbourg, Gilles a quelque temps « senti le fagot ».

Il avait dû, comme les autres gentilshommes de Normandie, sur mandement impératif du Lieutenant Général Matignon, confirmer son obéissance au roi et à l’Eglise établie. Le premier point allait de soi, il avait toujours eu le plus grand respect pour le roi  » notre Sire  » ; pour le second il se fit tirer l’oreille et ne  » protesta  » à Valognes, près du lieutenant Bastard, son attachement à la  » Scte Eglise, romaine, catholique et apostolique  » que l’après-midi de ce 1 er octobre, et parmi les derniers à le faire. Il ne dira rien de son débat intérieur, mais il s’en remit, sans aucun doute, au parti de la Prudence, vertu cardinale.  » Dieu n’aidera pas à la division / Car il est Dieu de paix et d’union  » écrira l’année suivante le jeune Vauquelin de la Fresnaye qui suivit toujours le parti du roi légitime, fût-il Henri de Navarre.

Guy Nondier

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