Gilles de Gouberville

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Le voyage à Blois

Le voyage à BLES (BLOIS)

Pendant les treize années du Journal connu, Gouberville rapporte de nombreux voyages à travers toute la Normandie. Une fois dans sa vie il se rend dans une autre région : au début de l’année  » 1555  » (1556 pour notre calendrier), il va jusqu’à Blois. Il a trente-cinq ans. Il ne le précise pas mais d’abord, il s’agit probablement d’acquitter la taxe de confirmation de son office de lieutenant des eaux et forêts, taxe exigée par l’édit royal de février 1554 ; en outre il souhaite obtenir une charge plus importante ; il remet sa  » promesse à Monsr Lefebvre, trésorier des parties casuelles, de traize centz escus pour l’office de maistre particulier des eauez et foretz au bailliage de Costentin  » (5 février).

Chevauchant avec deux compagnons, Cantepie et Lajoie, il part le 20 janvier  » 1555  » et passe par Bayeux, Caen, Falaise, Argentan, Sées, Châteaudun, La Ferté, parcourant 280 km. Ils arrivent à Blois le 28 janvier. On imagine qu’il a su que le roi Henri II était à Blois à ce moment pour ainsi programmer son voyage mais il ne dit pas comment il a obtenu ce renseignement.

Lors de son séjour de vingt-deux jours à Blois, Gilles va s’occuper essentiellement de son affaire, passant ses journées au château, prenant contact avec les membres administratifs influents qui gravitent autour du conseil du roi. Ceux-ci vont se déclarer indisponibles et se repasser l’affaire de l’un à l’autre :
 » (…) il [un de ses nombreux interlocuteurs] me dist qu’il l’avoyt [sa requête] en sa saincture et que si l’opportunité s’y trouvoyt qu’il en parleroyt [au conseil du roi]  » (14 février)
L’opportunité ne se présentera pas, son interlocuteur lui conseillant une fois de plus de s’adresser à quelqu’un d’autre.

Cependant, ce séjour va lui permettre de côtoyer le roi Henri II* et sa cour ainsi que la foule innombrables des gens de maison et des administratifs.
* Henri II mourra le 10 juillet 1559 à la suite d’un duel avec Gabriel de Montgommery qui, effrayé par cette mort, va quitter la France et devenir protestant. En 1562, Condé le nommera à la tête du parti protestant en Normandie. 

Gilles est un peu comme un touriste qui décrit le tableau qu’il va voir au Louvre mais ne dit rien sur le Louvre lui-même et pas grand chose sur ses conditions d’hébergement ni sur la ville elle-même ; quelques détails parfois sur un dîner :
 » le ne bougé de Blès ou estoyt le Roy. Nous disnasmes, led. Morin et Cantepye, au garde-manger de la cuysine du Roy, où l’escuyer Petit-Jehan nous fist grant chère …  » (29 janvier)
sur des petits achats :
 » Viron sept à huict heures, je m’en allé au chasteau où je fus à la messe du Roy, puys allasmes disner au Coq ; il me cousta VIIIs. Pour ung bonnet de veloux, IIII lib.ts ; pour une carlotte de soye, XXVII s. et pour unes mulles, XVIs. Je fus le reste du jour au chasteau jusques à cing heures du soyer «  (30 janvier)
sur un vol dont il est victime :
 » En passant par le marché, dedens la presse, on me desroba mon mouchoyer où il y avoyt trois escus et ung teston «  (7 février)

Il fait aussi quelques allusions intéressantes. Il assiste à la messe du roi et aperçoit Catherine de Medicis – qui a le même âge que le roi, c’est-à-dire, 37 ans -, les enfants du couple royal, lesquels ne vivent habituellement pas avec leurs parents mais sont néanmoins élevés au château : François (12 ans, futur François II ; il mourra en 1560), Elisabeth (10 ans) sa sœur Claude (9 ans) Charles (6 ans, futur Charles IX ; il mourra en 1574), Edouard-Alexandre (5 ans, futur Henri III) ; par contre il n’a peut-être pas vu Marguerite (3 ans) ni Hercule (1 an). Cependant il va voir la reine d’Ecosse, Marie Stuart (14 ans), qui épousera François II en 1558.
En dehors de la messe, il va avoir le privilège d’assister à un  » tourney  » (= tournoi, 2 février), à une comédie jouée
 » en prose françoyse «  (12 février) et surtout à un bal où il y a  » grand presse «  :
 » je fus au soupper du Roy et de la compagnée qui, au jour d’hier avoyt souppé avec luy. Apprès on alla au bal où je fus et y porté Mademoyselle de Monmorency, petite-fille de Monsr le Congnoystable. A l’entrée de la salle du bal y avoyt fort grand presse. La royne d’Ecosse et Mesdames se trouvèrent en lad. presse. La gouvernante de la Royne donna sur la joe à ung jeune garson qui pressoyt son coulde sous la poitrine de lad. dame gouvernante. Le bal finy, je m’en allé soupper à nostre logis sur les huict heures. Je ne mengé que deux œufz «  (18 février).

Toutes les démarches de Gilles en vue d’obtenir le titre de maître des eaux et forêts du Cotentin vont être vaines. Il va quitter Blois – sans commentaire – le 19 février, toujours simple lieutenant des Eaux et Forêts. Le 5 mars, il sera de retour  » céans  » après avoir fait un détour par Rouen.

Claude BONNET


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